Les champignons médicinaux : Des joyaux pour la santé !
Une des créations les plus merveilleuses de notre Mère Nature émerge ici et là dans les forêts, les prairies, à la base des troncs d’arbres ou dessus, et dévelo...
Les champignons médicinaux ont captivé l’attention des chercheurs, des cliniciens, et des consommateurs soucieux de leur santé… et à juste titre ! Que ce soit pour la stimulation du système immunitaire ou la protection des cellules cérébrales vieillissantes, la littérature scientifique confirme de plus en plus ce que la médecine traditionnelle chinoise sait depuis des millénaires : les champignons comptent parmi les remèdes les plus puissants de la nature. Des espèces comme l’hydne hérisson (Hericium erinaceus), le reishi (Ganoderma lucidum), le chaga (Inonotus obliquus), le cordyceps (Ophiocordyceps sinensis), le shiitake (Lentinula edodes), et la queue de dinde (Trametes versicolor) renferment une remarquable variété de composés bioactifs. Parmi ceux-ci, on trouve des bêta-glucanes, des triterpénoïdes, de l’ergostérol, et des polyphénols. Chacun de ces composés est associé à des effets thérapeutiques significatifs [1], [2].
Mais voici la vérité qui dérange : ce ne sont pas tous les suppléments alimentaires à base de champignons qui tiennent leurs promesses. Vu leur prix élevé, les consommateurs sont en droit de savoir exactement ce qu’ils achètent et pourquoi la partie du champignon utilisée, ainsi que son mode de transformation, ont une incidence considérable sur leur efficacité.
Les effets thérapeutiques des champignons médicinaux sont bien documentés dans des centaines d’études évaluées par des pairs. Les bêta-glucanes, et plus particulièrement les β‑1,3/1,6‑ᴅ‑glucanes, sont considérés comme les principaux composés immunomodulateurs, stimulant les macrophages, les cellules NK, et les lymphocytes pour une défense plus efficace contre les agents pathogènes et la prolifération cellulaire anormale [3], [4]. Une méta-analyse de référence portant sur 17 études sur le cancer a révélé que la consommation quotidienne d’à peine 18 g de champignons était associée à une réduction de 45 % du risque de cancer, principalement grâce à l’ergothionéine, un puissant acide aminé antioxydant [5].
Outre ses propriétés immunitaires, l’hydne hérisson contient des composés uniques appelés héricénones et érinacines qui stimulent la synthèse du facteur de croissance nerveuse (NGF), offrant un véritable potentiel neuroprotecteur pertinent pour les maladies d’Alzheimer et de Parkinson [6], [7]. Les triterpénoïdes du reishi ont des propriétés antiinflammatoires et adaptogènes démontrées [8]. Le chaga exerce des activités antiinflammatoires, antitumorales, immunomodulatrices, et antioxydantes grâce à sa teneur en polysaccharides, en acide bétulinique, et en pigments de mélanine [9]. Le shiitake contient du lentinane, un bêta-glucane étudié pour sa capacité à réduire le cholestérol LDL et à inhiber la croissance tumorale [10]. Les preuves sont convaincantes — à condition, bien sûr, de consommer les composés sur lesquels se fondent les recherches.

Lorsque vous achetez un supplément alimentaire à base de champignons, vous obtenez généralement l’un des trois éléments suivants : un extrait du carpophore (le champignon visible composé d’un chapeau et d’un pied), un extrait du mycélium (le réseau racinaire filamenteux), ou (plus problématiquement) du mycélium qui n’a jamais été séparé du substrat de céréales sur lequel il a poussé.
Cette distinction est cruciale d’un point de vue biochimique. De nombreuses analyses évaluées par des pairs ont confirmé que le carpophore contient des concentrations significativement plus élevées de bêta-glucanes et de triterpénoïdes que le mycélium [11], [12]. Une étude comparative de Ganoderma lucidum a révélé que l’extrait de carpophore contient des niveaux nettement supérieurs de triterpénoïdes bioactifs, les composés les plus associés aux effets antiinflammatoires et hépatoprotecteurs du reishi, certains triterpénoïdes étant même pratiquement absents du mycélium [13].
Le mycélium n’est pas sans valeur. Des recherches ont mis en évidence des concentrations significatives d’ergostérol (précurseur de la vitamine D), de lovastatine (un composé naturel hypocholestérolémiant), et de certaines fibres prébiotiques dans les préparations mycéliennes [14]. Le problème ne réside pas uniquement dans le mycélium lui-même, mais aussi dans la manière dont il est commercialisé.

Le mycélium commercial est presque systématiquement cultivé sur des substrats céréaliers — généralement du millet, de l’avoine, ou du seigle — car les céréales constituent un milieu de culture économique et adaptable à grande échelle. Une fois que le mycélium a colonisé les céréales, les deux deviennent biologiquement indissociables. Les fabricants sèchent et réduisent ensuite en poudre le mycélium et les céréales, ensemble.
Le produit obtenu est, en poids, composé en grande partie d’amidon et non de champignons. Des études analysant des produits commerciaux à base de mycélium sur céréales ont révélé des taux de bêta-glucanes nettement inférieurs à ceux des extraits de carpophores, tandis que la teneur en alpha-glucanes (provenant de l’amidon des céréales) représentait une part disproportionnée des polysaccharides totaux [15]. Il ne s’agit pas d’un détail : les alpha-glucanes sont des amidons alimentaires sans réel bénéfice immunologique. L’information la plus importante et la plus précieuse n’est pas la quantité totale de polysaccharides, mais bien la quantité de bêta-glucanes.
Cela pose un problème sérieux aux consommateurs. Une étiquette indiquant « 40 % de polysaccharides » peut sembler attrayante, mais si une part importante de ces polysaccharides sont des alpha-glucanes issus de l’amidon de riz plutôt que des bêta-glucanes immunoactifs, la valeur thérapeutique peut être bien inférieure à celle généralement admise. Les consommateurs devraient privilégier les produits indiquant leur teneur en bêta-glucanes, et non simplement leur teneur totale en polysaccharides, vérifiée par des méthodes permettant de distinguer les bêta-glucanes fongiques des amidons provenant de céréales.

Même un supplément alimentaire issu de véritables champignons peut s’avérer inefficace s’il n’a pas été correctement transformé. Les bêta-glucanes bioactifs des champignons sont liés physiquement à la chitine, le polysaccharide structurel robuste qui constitue la paroi cellulaire des champignons. Le système digestif humain ne produit pas de chitinase, l’enzyme nécessaire à la dégradation de la chitine. La poudre de champignons, crue ou simplement séchée, quelle que soit sa qualité, traverse principalement l’intestin, les bêta-glucanes restant piégés dans la matrice de chitine et étant donc indisponibles pour l’absorption [16].
L’extraction à l’eau chaude est la solution. Lorsque les carpophores sont soumis à une extraction aqueuse prolongée à haute température, la matrice de chitine est perturbée, ce qui permet de libérer des bêta-glucanes, des polysaccharides, et d’autres composés hydrosolubles sous une forme biodisponible. C’est cette méthode qui permet de produire les extraits concentrés sur lesquels reposent la grande majorité des études cliniques positives portant sur les champignons médicinaux.
Cela a une conséquence directe pour les consommateurs : incorporer de la poudre de champignons crus à un smoothie froid, aussi pure soit-elle, n’apportera probablement aucun bienfait thérapeutique significatif. L’extraction à l’eau chaude est nécessaire pour reproduire les conditions dans lesquelles les études scientifiques ont été menées
Les champignons médicinaux représentent un domaine passionnant de la science nutritionnelle, avec des preuves scientifiques de plus en plus convaincantes chaque année. Cependant, sur le marché des suppléments alimentaires, l’écart entre les produits les plus fiables et les moins bons peut être considérable. Avant d’acheter ces suppléments, les consommateurs devraient poser trois questions aux vendeurs : Le produit est-il fabriqué à partir du carpophore ? L’étiquette précise-t-elle la teneur en bêta-glucanes (et non seulement en polysaccharides) ? L’extraction a-t-elle été réalisée à l’eau chaude ?
Si un fabricant ne peut répondre clairement à ces trois questions, son silence est révélateur. Les champignons eux-mêmes ont acquis leur réputation : c’est au supplément alimentaire de les mettre en valeur.

Ludovic Brunel a plus de 15 ans d’expérience en tant que naturopathe et pratique à Calgary. Son approche a toujours été d’améliorer la santé de ses patients en s’appuyant sur les meilleures recherches disponibles.
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[1] P. Łysakowska, A. Sobota, et A. Wirkijowska. « Medicinal mushrooms: Their bioactive components, nutritional value and application in functional food production—A review. » Molecules, Vol. 28, Nº 14 (2023): 5393.
[2] S.P. Wasser. « Medicinal mushrooms as a source of antitumor and immunomodulating polysaccharides. » Applied Microbiology and Biotechnology, Vol. 60, Nº 3 (2002): 258–274.
[3] G.C.‑F. Chan, W.K. Chan, et D.M.‑Y. Sze. « The effects of beta-glucan on human immune and cancer cells. » Journal of Hematology & Oncology, Vol. 2 (2009): 25.
[4] V. Vetvicka et J. Vetvickova. « Glucan supplementation enhances the immune response against an influenza challenge in mice. » Annals of Translational Medicine, Vol. 3, Nº 2 (2015): 22.
[5] D.M. Ba, et autres. « Higher mushroom consumption is associated with lower risk of cancer: A systematic review and meta-analysis of observational studies. » Advances in Nutrition, Vol. 12, Nº 5 (2021): 1691–1704.
[6] K. Mori, et autres. « Improving effects of the mushroom Yamabushitake (Hericium erinaceus) on mild cognitive impairment: A double-blind placebo-controlled clinical trial. » Phytotherapy Research, Vol. 23, Nº 3 (2009): 367–372.
[7] A.G. Contato et C.A. Conte‑Junior. « Lion’s mane mushroom (Hericium erinaceus): A neuroprotective fungus with antioxidant, anti-inflammatory, and antimicrobial potential—A narrative review. » Nutrients, Vol. 17, Nº 8 (2025): 1307.
[8] D. Cör Andrejč, Ž. Knez, et M. Knez Marevci. « Antioxidant, antibacterial, antitumor, antifungal, antiviral, anti-inflammatory, and nevro-protective activity of Ganoderma lucidum: An overview. » Frontiers in Pharmacology, Vol. 13 (2022): 934982.
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[10] K.‑H. Lee, et autres. « Recent progress of research on medicinal mushrooms, foods, and other herbal products used in traditional Chinese medicine. » Journal of Traditional and Complementary Medicine, Vol. 2, Nº 2 (2012): 84–95.
[11] R.G. Berger, et autres. « Mycelium vs. fruiting bodies of edible fungi—A comparison of metabolites. » Microorganisms, Vol. 10, Nº 7 (2022): 1379.
[12] M. Powell. Medicinal mushrooms: A clinical guide, 2e Édition. Mycology Press, 2014, ISBN 978‑0‑9566898‑2‑5.
[13] S. Wachtel‑Galor et I.F.F. Benzie. « Herbal medicine: An introduction to its history, usage, regulation, current trends, and research needs. » Chapitre 1 (p. 1–10) dans : Herbal Medicine: Biomolecular and Clinical Aspects, 2nd Edition. Boca Raton, CRC Press, 2011, 464 p. + xxi, ISBN 978‑1‑4398‑0713‑2.
[14] C. Hobbs. Medicinal mushrooms: An exploration of tradition, healing, & culture. Summertown, Botanica Press, 1995, ISBN 1‑57067‑143‑5.
[15] S. Habtemariam. « Trametes versicolor (Synn. Coriolus versicolor) polysaccharides in cancer therapy: Targets and efficacy. » Biomedicines, Vol. 8, Nº 5 (2020): 135.
[16] W. Sakdasri, et autres. « Pressurized hot water extraction of crude polysaccharides, β‑glucan, and phenolic compounds from dried gray oyster mushroom. » LWT - Food Science and Technology, Vol. 168 (2022): 113895.