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Du bon équilibre des omégas, et leurs bienfaits pour la grossesse

 

Beaucoup a déjà été dit sur la saga des acides gras omégas‑3 (ω3), mais mieux vaut deux fois qu’une, car non seulement persiste un certain flou sur la juste valeur de chacun des omégas‑3 et ‑6, mais aussi parce que nos contemporains présentent encore trop souvent des carences en acides gras polyinsaturés (AGPI) essentiels. Cet article expose les grandes lignes du métabolisme des AGPI et présente, dans le cadre de la thématique de ce magazine, certains des aspects bénéfiques des ω3 pour la conception et pour les mamans.

 

Sur le sentier métabolique des omégas

Les AGPI sont dits « insaturés », car ils peuvent capter des électrons, ce qui leur confère des propriétés antioxydantes. Constituants des membranes cellulaires et sources d’énergie, les AGPI contribuent aussi à la bonne régulation des gènes. Notre corps a donc besoin, pour randonner en santé, de deux AGPI essentiels (que le corps ne peut fabriquer) que sont l’acide linoléique (AL [ou LA en anglais]) ω6 et l’acide alpha‑linolénique (AAL [ou ALA en anglais]) ω3. Une fois dans les membranes cellulaires, ces AGPI précurseurs sont transformés en une vingtaine d’AGPI dérivés, à plus longue chaine et nécessaires au bon fonctionnement de notre véhicule. Parlons un peu plus de métabolisme afin de mieux comprendre ces omégas.

L’acide linoléique, chef de file des ω6, est bénéfique lorsqu’il provient des huiles de tournesol, de carthame, de maïs, ou de sésame, mais aussi des œufs et des laitages de qualité ou encore de la viande de gibier sauvage (qui contient cinq fois plus d’AGPI que dans les viandes d’élevage). L’acide linoléique génère principalement de l’acide gamma-linoléique (AGL [ou GLA en anglais], aussi présent dans les huiles d’onagre et de bourrache), lequel à son tour produit de l’acide dihomo-gamma-linolénique (ADGL [ou DGLA en anglais]), dont la seule source alimentaire est le lait maternel, et des prostaglandines de types 1 (PG1) et 2 (PG2). Ces composés sont bénéfiques entre autres au système nerveux, aux membranes cellulaires, et aux muqueuses intestinales et respiratoires.

Seuls 15 % environ de cet AL « de qualité » sont transformés en acide arachidonique. Par contre, les ω6 d’origine animale contenus dans les viandes courantes, les laitages, et les charcuteries (dont la consommation moyenne excède nos besoins), ne fournissent presque qu’exclusivement de l’acide arachidonique, responsable de la surproduction de PG2 alors pro‑inflammatoires. Toutefois, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, car en faible quantité, les PG2 sont utiles (figure 2), par exemple pour la cicatrisation, la médiation des réactions allergiques, ou la dilatation du col de l’utérus lors de l’accouchement. C’est bien l’apport excessif d’acide arachidonique qui entretient les réactions inflammatoires et allergiques, notamment via l’enzyme catalytique COX‑2 pro‑inflammatoire, et qui est impliqué dans des états pathologiques du système nerveux ou osseux, la polyarthrite rhumatoïde, le cancer du côlon, l’angiogenèse, et l’insuffisance rénale. Les ω6 ne sont donc pas à diaboliser, et il convient de garder à l’esprit que leur origine et leur quantité définissent leur dangerosité.

L’acide alpha-linolénique (AAL) est l’autre AGPI essentiel. On le trouve dans l’huile de noix de Grenoble, de soja, de canola, ou de lin, ainsi que dans les graines de chia, mais peu dans les poissons de mers froides (maquereau, sardine, anchois, flétan, saumon), qui contiennent plus d’ω3 acide eicosapentaénoïque (AEP) et acide docosahexaénoïque (ADH). Le corps, pour peu qu’il soit en bonne santé et qu’il ait à disposition des nutriments cofacteurs (vitamines B6, B3, ou C ; zinc ; magnésium ; manganèse), sait transformer l’AAL en AEP et ADH, des ω3 à plus longue chaine d’atomes de carbone et eux-mêmes précurseurs de PG3 antiinflammatoires. Néanmoins, cette bioconversion de l’AAL s’avère souvent peu effective et significative. Âge, régime, hygiène, stress, pollution, et maladie, entre autres, conditionnent la capacité du corps à correctement métaboliser les omégas, notamment en jouant sur l’enzyme delta 6 désaturase (figure 1). À noter que les gras trans issus d’AGPI modifiés (margarines, shortening, huiles hydrogénées, etc.) affectent fortement cette enzyme, qui a pour fonction de transformer AL et AAL en acides gras dérivés d’abord, et de contrôler ensuite les cinétiques enzymatiques de leurs voies métaboliques respectives. La delta 6 désaturase décroit naturellement à partir de 45 ans, d’où l’intérêt pour les ainés de se supplémenter directement en ω3 AEP et ADH, ainsi qu’en huiles de bourrache et d’onagre riches en AGL. Par ailleurs, l’enzyme delta 5 désaturase préfère la voie métabolique des ω3 plutôt que la transformation de l’ADGL en acide arachidonique du côté des ω6. En conséquence, privilégier des sources alimentaires ou des suppléments d’AAL, d’AGL, et d’ω3 AEP et ADH augmente la production des prostaglandines de type 1 (des ω6) et de type 3 (des ω3), toutes deux particulièrement bénéfiques (figure 1). Ces dernières agissent contre la dégénérescence cellulaire et l’inflammation ; modulent l’action des macrophages du système immunitaire contre les allergies, l’asthme, l’exéma, et les maladies auto-immunes ; inhibe l’agrégation plaquettaire en prévention de thrombose, d’infarctus, ou d’embolie ; ou encore relaxent les muscles lisses vasculaires, utérins, ou bronchiques.

 

Toute une question d’équilibre

Parmi les recommandations, la moitié de nos matières grasses devrait provenir des gras monoinsaturés (oméga‑9 de l’huile d’olive ou fabriqué par le corps à partir de gras saturés), un quart des gras polyinsaturés (ω6 et ω3), et le dernier quart, des gras saturés. Or, nous mangerions entre 10 et 30 fois plus d’ω6 que d’ω3 selon les sources, alors que le rapport ne devrait pas dépasser 5 à 6 pour 1. Ce débalancement ne provient pas ​d’une alimentation riche en ω6 végétaux, mais plutôt de l’excès d’ω6 d’origine animale qui concurrence la bonne utilisation des ω3 et perturbent le rapport physiologique idéal PG2/PG1. Le déficit en PG1, très courant au sein de la population, fait partie du tableau clinique de diverses pathologies (MCV, PMS, dermatoses, maladies inflammatoires, sclérose en plaques, schizophrénie, etc.) répertoriés dès 1983 par Judy Graham, qui rendit célèbre l’huile d’onagre comme remède naturel antiinflammatoire. Il est donc important d’apporter au corps un juste équilibre d’acides gras ; par exemple, l’équilibre cardiovasculaire nécessite un rapport précis PG2/PG3, les premières PG2 des ω6 sont vasoconstrictrices et favorisent l’agrégation plaquettaire pour une action antihémorragique, et les secondes PG3 sont vasodilatatrices et fluidifiantes. L’homéostasie, dans ce cas, ne peut faire l’économie de l’une ou de l’autre de ces substances complémentaires. Vous l’aurez compris, privilégier un oméga au détriment d’un autre serait aussi une erreur, car ils ont besoin des mêmes enzymes ; donc un excès de l’un empêche l’utilisation optimale de l’autre.

En conséquence, afin d’optimiser votre ratio ω6/ω3 et, par la même occasion, d’améliorer le métabolisme des prostaglandines contre l’inflammation et le stress oxydatif, il convient de réduire la consommation d’acides gras saturés et d’AGPI de source animale (en particulier l’acide arachidonique), au profit d’ω3 (AAL, AEP, et ADH) et d’ω6 AGL. Par exemple, lorsque le rapport ω6/ω3 passe de 10:1 à 4:1 chez un patient avec des troubles cardiovasculaires, cette personne voit sa mortalité réduite de 70 %. Dans un autre registre, les hommes dont la qualité des spermatozoïdes est altérée possèdent un rapport ω6/ω3 trop élevé, et de l’ADH dépend fortement la motilité, la concentration, et la morphologie normale des spermatozoïdes.

 

Focus sur les bénéfices des ω3 pour la grossesse

Science et nature ne sont pas toujours exactes, et l’efficience des processus physiologiques du corps n’égale jamais 100 %. Nous l’avons vu, environ 25 % de l’AAL sont catabolisés en CO2 pour produire de l’énergie et ne sera donc pas disponible pour la production d’ω3 AEP et ADH. Aussi chez les femmes, seuls 20 % de l’ALA est transformé en AEP, et 9 % en ADH. Même si ces chiffres varient selon l’individualité biochimique des personnes, ils montrent l’intérêt de la supplémentation en ω3 AEP et ADH. Pour la fertilité, la grossesse, et l’allaitement, les ω3 sont de formidables nutriments, tout autant que les probiotiques et la vitamine D3 qui promeuvent le développement vasculaire de l’endomètre et le flot sanguin intra-utérin ; et réduisent les risques de fausse couche, d’accouchement prématuré, et de complication. En effet, les ω3 diminuent dans le placenta les PG2, grâce aux dérivés des ω3 AEP et ADH que sont entre autres les résolvines et les protectines antiinflammatoires récemment découvertes (figure 2 et figure 3).

Par ailleurs, optimiser le rapport ω6/ω3 permet aussi de réduire les effets des Th17, cellules du système immunitaire de la maman et essentielles pour lutter contre les infections bactériennes et fongiques, mais potentiellement dangereuses pour le développement cérébral du fœtus. En cas d’infection ou d’activation du système immunitaire de la maman, ces Th17 sont activées par les interleukines 6 (IL‑6, cytokines médiatrices inflammatoires) des macrophages et lymphocytes T. Les Th17 génèrent alors des IL‑17 qui transitent dans le placenta jusqu’au cerveau du fœtus, où ils accroissent le nombre de récepteurs à IL17, lesquels sont corrélés aux malformations, aux maladies auto-immunes, et aux symptômes autistiques. Quant au coup de blues postpartum, il peut lui aussi être dissipé naturellement grâce aux ω3, plus particulièrement avec l’AEP.

À l’évidence, les ω3 sont bénéfiques à la santé en général et à la grossesse en particulier. Cette assertion peut néanmoins amener à une supplémentation excessive, qui aura des effets délétères sur le fœtus et le développement futur du bébé. Trop n’est pas synonyme de mieux, et pour éviter cette possible toxicité alimentaire — tant des acides gras saturés, des ω6, que des ω3 — manger et se supplémenter devra se faire de manière pondérée et équilibrée.

 

Conclusions

Donc, pour l’amour du gout et de la santé, ne délaissez pas votre pain de beurre de qualité (trop injustement discrédité), diversifiez vos huiles non raffinées et cuisinez-les intelligemment (attention : beaucoup ne supportent pas la cuisson), veillez à manger des sources variées de gras (poissons, avocats, noix…), et ajoutez au besoin et en prévention un supplément d’ω3 ou d’AGL de qualité supérieure qui sera pris selon des posologies raisonnables. Pour ce faire, cherchez les recommandations d’un praticien de soins de santé, naturopathe agréé, ou autre. Les conseils-santé de cet article ne sauraient en aucun cas se substituer à une prescription médicale.


Références

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Guillaume Landry, MSc, Naturopathe


Sa plume a pour dessein la sensibilisation aux merveilles
de dame nature, et à la médecine naturelle.