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Inositol : le grand communicateur — Mise à jour 2018


Nous avons parlé, l’an dernier, du rôle de l’inositol comme messager secondaire participant à de multiples processus de signalisation hormonale, arbitrant la capacité des hormones à communiquer avec leurs cellules cibles. Notre propos aujourd’hui est d’examiner les effets de l’inositol sur le fonctionnement des ovaires et de la thyroïde, sur l’état de la grossesse, et d’attirer l’attention sur les nouvelles découvertes.

L’inositol est un nutriment de la famille des vitamines B, et a fait l’objet d’études détaillées sur son rôle dans les affections liées à la stérilité, telles que le syndrome des ovaires polykystiques et le diabète. L’inositol est un « messager secondaire », un composant essentiel de la cascade de signalisation intracellulaire [1], ce qui signifie qu’il prend part à la séquence d’évènements qui se déclenche au sein de la cellule quand une hormone s’est fixée à un récepteur à la surface de celle-ci. Cette séquence d’évènements transmet alors le signal à l’intérieur de la cellule par une série de réactions auxquelles participe l’inositol. On dit pour cette raison que l’inositol accentue la signalisation (ou communication) hormonale dans l’organisme.

On sait que l’inositol agit comme messager secondaire dans deux systèmes hormonaux importants : la cascade de signalisation de l’insuline et celle de la thyroïde [2][3]. Le myo‑inositol est aussi impliqué dans la signalisation de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH), qui joue un rôle important pour stimuler le développement folliculaire qui prépare l’ovulation [3].

La résistance à l’insuline est un facteur essentiel dans le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Celui-ci, qui touche jusqu’à 10 % des femmes, se traduit par une perturbation de l’ovulation ou son absence, par un taux élevé d’hormones masculines (y compris de testostérone ou de S‑DHA), et par des ovaires polykystiques observés à l’échographie. La résistance à l’insuline entraine un taux élevé d’insuline, qui perturbe à son tour l’ovulation. Des études ont montré que les patientes atteintes du SOPK présentaient une baisse du taux d’inositol, notamment dans les cellules thécales des ovaires, et une altération du métabolisme de l’inositol [3][4][5]. Une supplémentation en myo‑inositol de ces patientes permet de normaliser l’ovulation ; de réguler les taux d’hormones sexuelles, dont les estrogènes, la progestérone, et la testostérone ; et de réduire la résistance à l’insuline [3]. Parmi les autres avantages associés à la supplémentation en myo‑inositol, citons la baisse de la tension artérielle et du cholestérol [3]. Un certain nombre d’études montrent un rétablissement de l’activité ovulatoire normale chez les patientes traitées, dans une proportion allant jusqu’à 65 % [3].

Des études révèlent que l’inositol peut être aussi efficace, pour réguler l’ovulation, que la metformine, un médicament sensibilisateur à l’insuline souvent prescrit en cas de SOPK [3]. Une étude a montré que la supplémentation en inositol rétablissait une ovulation normale chez 65 % des femmes, contre 50 % chez les femmes du groupe « metformine » [6]. Une autre étude a établi que, comparé à la metformine, l’inositol était plus efficace pour réduire le taux de testostérone et de marqueurs inflammatoires (protéines C‑réactives) [7]. Une troisième étude a montré que, mis en balance, les résultats de la metformine et du myo‑inositol étaient comparables concernant le pourcentage de patientes dont l’ovulation a été rétablie, l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, et la réduction de l’indice de masse corporelle (IMC), une mesure de l’obésité [8].

L’inositol a aussi fait l’objet de recherches pour ses effets chez les patientes suivant un traitement contre la stérilité. Chez des patientes atteintes du SOPK suivant une procédure de déclenchement de l’ovulation et d’insémination intra-utérine, la supplémentation en myo‑inositol a entrainé un taux de grossesses plus élevé et une réduction des doses de médicaments nécessaires [9]. Chez des personnes concernées par une FIV, une supplémentation préalable en inositol d’une durée de trois mois a permis une amélioration de la qualité du sperme et des ovules, un meilleur développement des follicules, et une réduction du traitement hormonal nécessaire [10]. L’inositol a aussi diminué le nombre d’ovules immatures et défectueux [10]. Dans une autre étude, portant sur des femmes répondant mal à la FIV, la supplémentation en myo‑inositol a amené un plus grand nombre d’ovocytes (ovules) collectés et une amélioration de leur qualité [11], peut-être en raison du rôle de l’inositol dans l’accentuation de la signalisation de la FSH. Les chercheurs ont d’ailleurs conclu que le myo‑inositol semblait améliorer la réponse ovarienne aux gonadotrophines (les hormones FSH et LH), ainsi que l’indice de sensibilité ovarienne (ISO), ce qui pourrait le rendre utile pour les femmes ne répondant pas bien aux traitements contre la stérilité [11].

On notera qu’une nouvelle étude vient de suggérer que la combinaison d’inositol et de certaines plantes, dont Tribulus, pourrait aussi améliorer la fécondité masculine [12]. Au total, 60 patients stériles ont reçu aléatoirement un traitement combiné de myo‑inositol (1000 mg), Tribulus terrestris (300 mg), l’algue Ecklonia bicyclis (200 mg), et Biovis (un comprimé par jour pendant 90 jours). Au terme du traitement, les résultats étaient une amélioration significative de la concentration du sperme et de la motilité progressive (3,82 millions/ml contre 1,71 million/ml, et 4,86 % contre 1,00 %). On a observé aussi une réduction significative de la fragmentation de l’ADN par rapport au placébo (−1,64 % contre −0,39 %, p < 0,001).

Les patientes atteintes du SOPK ont un risque plus élevé de développer un diabète gestationnel (DG) quand elles parviennent à être enceintes. Plusieurs études suggèrent qu’une supplémentation en myo‑inositol permettrait de réduire ce risque. Dans l’une d’elles, portant sur 220 femmes ayant des antécédents familiaux de diabète de type 2, une supplémentation à 4 g de myo‑inositol à partir de la fin du premier trimestre a entrainé une baisse significative du taux de DG (6 % contre 15 % dans le groupe placébo) et une diminution de la macrosomie — la naissance de gros bébés, pesant plus de 8,8 livres [13]. Une autre étude a montré que chez des femmes obèses enceintes, une supplémentation en myo‑inositol dès le premier trimestre permettait de limiter le développement du DG à 14 % d’entre elles, contre 34 % pour le groupe de contrôle [14]. Dans une autre étude, menée auprès de 75 femmes enceintes non obèses mais ayant une glycémie à jeun élevée au premier trimestre, la supplémentation en myo‑inositol a entrainé une diminution de l’incidence du DG diagnostiqué au deuxième trimestre, ainsi que des bébés généralement moins gros et des accouchements plus tardifs (donc moins d’accouchements prématurés) [15]. Une quatrième étude, menée auprès de 69 femmes enceintes atteintes de DG, a révélé qu’une supplémentation en myo‑inositol a entrainé une amélioration de la sensibilité à l’insuline chez 50 % des femmes traitées, contre 29 % pour celles dont le traitement ne reposait que sur l’alimentation [16]. Une cinquième étude n’a montré aucun effet préventif sur le DG [17].

     

Un certain nombre d’études, enfin, portent à croire que l’inositol pourrait aider à réguler l’activité de la thyroïde. Une étude menée en 2013 auprès de patients atteints de la thyroïdite de Hashimoto, une thyroïdite auto-immune chronique qui aboutit à réduction de l’activité thyroïdienne, a révélé qu’une supplémentation combinée en sélénium et myo‑inositol permettait d’améliorer les résultats d’analyse concernant l’hypothyroïdie subclinique, y compris une baisse des TSH et des anticorps thyroïdiens [18]. Une étude plus récente a montré qu’un traitement de six mois au sélénium et au myo‑inositol, chez 86 patients atteints de Hashimoto avec TSH entre 3 et 6, a entrainé une augmentation significative des hormones thyroïdiennes T3 et T4 libres ainsi qu’une réduction des symptômes associés à l’hypothyroïdie subclinique [19]. La supplémentation était également associée à une réduction de la TPO et des anticorps antithyroglobuline.

Une nouvelle étude suggère qu’une supplémentation en myo‑inositol et sélénium chez des patients atteints d’hypothyroïdie subclinique pourrait entrainer une diminution du nombre et de la taille des nodules thyroïdiens [20].

Nous constatons, pour conclure, que l’inositol est le messager secondaire par excellence : c’est un composant essentiel des cascades de signalisation hormonale, y compris pour l’insuline, les gonadotrophines telles que la FSH, et la thyréostimuline (TSH). L’inositol améliore l’ovulation et combat la résistance à l’insuline ainsi que la thyroïdite de Hashimoto.

 

Références

  1. Ting Li, S.Y., et autres. « Identification and functional implications of sodium/myo‑inositol cotransporter 1 in pancreatic beta‑cells and type 2 diabetes mellitus. » Diabetes, Vol. 66, N° 5 (2017): 1258–1271.
  2. Nordio, M., et R. Pajalich. « Combined treatment with myo‑inositol and selenium ensures euthyroidism in subclinical hypothyroidism patients with autoimmune thyroiditis. » Journal of Thyroid Research, Vol. 2013 (2013): 424163.
  3. Unfer, V., et autres. « Effects of inositol(s) in women with PCOS: A systematic review of randomized controlled trials. » International Journal of Endocrinology, Vol. 2016 (2016): 1849162.
  4. Baillargeon, J.P., et autres. « Greek hyperinsulinemic women, with or without polycystic ovary syndrome, display altered inositols metabolism. » Human Reproduction, Vol. 23, N° 6 (2008): 1439–1446.
  5. Baillargeon, J.P., et autres. « Altered d‑chiro-inositol urinary clearance in women with polycystic ovary syndrome. » Diabetes Care, Vol. 29, N° 2 (2006): 300–305.
  6. Raffone, E., P. Rizzo, et V. Benedetto. « Insulin sensitiser agents alone and in co‑treatment with r‑FSH for ovulation induction in PCOS women. » Gynecological Endocrinology, Vol. 26, N° 4 (2010): 275–280.
  7. Jamilian, M., et autres. « Comparison of myo‑inositol and metformin on clinical, metabolic and genetic parameters in polycystic ovary syndrome: A randomized controlled clinical trial. » Clinical Endocrinology, Vol. 87, N° 2 (2017): 194–200.
  8. Fruzzetti, F., et autres. « Comparison of two insulin sensitizers, metformin and myo‑inositol, in women with polycystic ovary syndrome (PCOS). » Gynecological Endocrinology, Vol. 33, N° 1 (2017): 39–42.
  9. Emekçi Özay, Ö., et autres. « myo‑Inositol administration positively effects ovulation induction and intrauterine insemination in patients with polycystic ovary syndrome: A prospective, controlled, randomized trial. » Gynecological Endocrinology, Vol. 33, N° 7 (2017): 524–528.
  10. Simi, G., et autres. « Inositol and in vitro fertilization with embryo transfer. » International Journal of Endocrinology, Vol. 2017 (2017): 5469409.
  11. Caprio, F., et autres. « myo‑Inositol therapy for poor-responders during IVF: A prospective controlled observational trial. » Journal of Ovarian Research, Vol. 8 (2015): 37.
  12. Capece, M., et autres. « A phytotherapic approach to reduce sperm DNA fragmentation in patients with male infertility. » Urologia, Vol. 84, N° 2 (2017): 79–82.
  13. D’Anna, R., et autres. « myo‑Inositol supplementation and onset of gestational diabetes mellitus in pregnant women with a family history of type 2 diabetes: A prospective, randomized, placebo-controlled study. » Diabetes Care, Vol. 36, N° 4 (2013): 854–857.
  14. DʼAnna, R., et autres. « myo‑Inositol supplementation for prevention of gestational diabetes in obese pregnant women: A randomized controlled trial. » Obstetrics and Gynecology, Vol. 126, N° 2 (2015): 310–315.
  15. Matarrelli, B., et autres. « Effect of dietary myo‑inositol supplementation in pregnancy on the incidence of maternal gestational diabetes mellitus and fetal outcomes: A randomized controlled trial. » The Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine, Vol. 26, N° 10 (2013): 967–972.
  16. Corrado, F., et autres. « The effect of myo‑inositol supplementation on insulin resistance in patients with gestational diabetes. » Diabetic Medicine, Vol. 28, N° 8 (2011): 972–975.
  17. Farren, M., et autres. « The prevention of gestational diabetes mellitus with antenatal oral inositol supplementation: A randomized controlled trial. » Diabetes Care, Vol. 40, N° 6 (2017): 759–763.
  18. Nordio, M., et S. Basciani. « Treatment with myo‑inositol and selenium ensures euthyroidism in patients with autoimmune thyroiditis. » International Journal of Endocrinology, Vol. 2017 (2017): 2549491.
  19. Nordio, M., et S. Basciani. « Evaluation of thyroid nodule characteristics in subclinical hypothyroid patients under a myo‑inositol plus selenium treatment. » European Review for Medical and Pharmacological Sciences, Vol. 22, N° 7 (2018): 2153–2159.


 

Heidi Fritz, MA, ND

Practicienne de naturopathie depuis 2007, elle s'intéresse à la
santé des femmes et des enfants, à la douleur chronique, et
plus.