Bienvenue au cours de Digestion 101! Pour commencer, je voudrais que vous imaginiez votre corps comme un beigne. Pas celui fourré à la crème, mais le beigne traditionnel avec un trou au milieu. Maintenant, imaginez que vous en prenez une coupe transversale. La partie extérieure, fine et cuite, représente votre peau; la pâte moelleuse cuite à l’intérieur représente vos autres organes internes : os, sang, muscles, glandes, etc.; et le trou au milieu représente votre tube digestif, qui va de votre bouche à votre anus. Tout comme votre peau, le tube digestif crée une barrière entre vous et l’extérieur. Ainsi, une grande partie de votre système immunitaire se trouve donc à l’intérieur de ce tube digestif [i].

Pour résumer, de haut en bas : nous mâchons la nourriture dans notre bouche pendant qu’elle se mélange à la salive, nous avalons, et elle descend dans l’œsophage, entrant dans l’estomac. Ici, des muscles puissants et de l’acide commencent la digestion des protéines et tuent les microbes indésirables. Lorsque cette purée alimentaire quitte l’estomac et entre dans le duodénum (première partie de l’intestin grêle), le pancréas ajoute des enzymes digestives et la vésicule biliaire se comprime pour libérer la bile, facilitant ainsi la digestion des graisses. L’intestin grêle est la principale zone d’absorption des nutriments et présente de nombreux replis pour maximiser la surface. Ensuite, cette nourriture liquide se déplace dans le gros intestin, appelé aussi côlon, où se trouve la majorité du microbiome. La majeure partie de l’eau est absorbée par le corps au cours de cette partie du trajet, formant des selles solides, et est finalement éliminée sous forme de déchet par l’anus.

Un système digestif sain permet une bonne décomposition des aliments en nutriments que le corps peut utiliser pour l’énergie, la croissance, l’immunité, l’humeur, et la santé mentale. Lorsque les choses sont déséquilibrées, nous pouvons ressentir de l’inconfort, des carences en nutriments, et des problèmes de santé chroniques. Certains des signes d’une mauvaise digestion comprennent des ballonnements et des gaz; des maux d’estomac ou des crampes; des brulements d’estomac ou un reflux acide; de la constipation ou de la diarrhée; un brouillard cérébral; de la fatigue; des changements de poids; et même des problèmes de peau tels que l’eczéma, le psoriasis, l’acné, ou les éruptions cutanées peuvent être liés à la santé de votre intestin. Des études plus récentes examinent le rôle de la flore intestinale sur le diabète, la difficulté à perdre du poids, et les maladies mentales. D’autres problèmes de santé plus graves liés au système digestif sont les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) telles que la maladie de Crohn et la colite, la maladie céliaque, le reflux gastro-œsophagien (RGO), les calculs biliaires, l’insuffisance pancréatique, et divers cancers. Examinonsen quelquesuns!

Reflux gastrique

La première chose que je voudrais souligner est que le reflux gastrique n’est généralement pas un problème d’excès d’acide : c’est un problème de localisation. La paroi de l’estomac est conçue pour gérer beaucoup d’acide, mais lorsque le contenu jaillit vers le haut, il brule la paroi de l’œsophage, qui n’est pas équipée pour gérer l’acide. Les médicaments antiacides, tels que les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), sont souvent prescrits pour réduire l’acidité, mais ils ne constituent pas toujours la meilleure solution à long terme. Avoir un faible taux d’acide gastrique pendant une longue période peut entrainer d’autres problèmes tels que l’entrée de bactéries indésirables dans le système digestif, provoquant une prolifération bactérienne de l’intestin grêle (SIBO) [ii] ou une dysbiose (déséquilibre de la microflore), ou l’incapacité à absorber efficacement les vitamines et les minéraux, entrainant des carences. Un bilan complet avec des tests est important pour déterminer la cause profonde. Le reflux gastrique peut ressembler à diverses conditions, donc tester le système cardiovasculaire, le système respiratoire, faire une endoscopie, et tester pour la présence d’Helicobacter pylori doivent tous être pris en compte. La prise en charge du stress, la correction de la respiration, et le dépistage du SIBO sont également des éléments importants du traitement.

Prolifération bactérienne de l’intestin grêle

Les probiotiques ne sont pas toujours la solution à vos problèmes digestifs! Les bactéries, présentes dans le corps et dans les capsules probiotiques, sont mesurées en unités formant des colonies (UFC). Il y a une abondance de bactéries dans la bouche (10⁶ UFC/ml) et dans le côlon (10⁹ UFC/ml). À l’opposé, l’acidité de l’estomac maintient le nombre de bactéries à un faible niveau (< 100 UFC/ml), et à un niveau comparable dans l’intestin grêle (< 1000 UFC/ml), bien plus bas que dans le gros intestin [iii]. La prolifération bactérienne de l’intestin grêle (SIBO) est une condition dans laquelle il y a en fait trop de bactéries (bonnes ou mauvaises) habitant l’intestin grêle [iv]. Cela crée une fermentation trop élevée dans le tube digestif, provoquant des ballonnements et de l’inconfort [v], et est souvent lié au syndrome du côlon irritable (SCI). Il existe diverses raisons pour lesquelles le SIBO se produit, mais le risque de le développer est plus élevé en cas de maladies inflammatoires de l’intestin, de problèmes de motilité, de faible acidité gastrique, ou d’ablation de la vésicule biliaire, pour n’en citer que quelques-unes [vi].

Le dépistage du SIBO est un enjeu, car l’accès à l’intestin grêle n’est pas facile. Actuellement, il existe des tests respiratoires [vii], [viii], comme celui au lactulose [ix], qui mesure les gaz (hydrogène, méthane, et sulfure d’hydrogène) pour avoir une idée des types de bactéries qui prolifèrent. Il est également important de noter que les bactéries qui vivent ensemble dans les intestins produisent naturellement une couche protectrice appelée biofilm. Cela se produit dans le lavabo de votre salle de bain et sur vos dents, si vous ne les nettoyez pas régulièrement. Ainsi, pour traiter le SIBO, nous devons utiliser un supplément antibiofilm pour accéder aux bactéries, et à de puissants antimicrobiens ou antibiotiques pour éliminer la prolifération bactérienne. Les antibiofilms comprennent la NAC, l’AAL, et l’extrait de graine de cumin noir, ou une combinaison spécifique de produits. L’origan, le thym, l’hydraste, le berberis, et l’ail sont quelques exemples d’herbes antimicrobiennes, tandis que des antibiotiques tels que la rifaximine peuvent également être utilisés comme traitement [x], [xi]. Il est primordial de faire un test préalable et, surtout, de ne pas expérimenter par vous-même. Je vous recommande fortement de consulter un docteur en naturopathie (ND) ayant suivi une formation spécialisée en SIBO pour un plan complet.

Hyperperméabilité ou intestin perméable

Pour favoriser la digestion, les docteurs en naturopathie ont souvent recours à des tests fonctionnels qui ne sont pas toujours révélateurs d’une maladie. Divers tests utilisant des échantillons de selles sont disponibles pour voir les types de bactéries qui peuvent vivre dans votre côlon. Les mesures importantes sont la quantité et la qualité des bactéries, la présence d’agents pathogènes ou de parasites (bactéries, virus, levures, protozoaires, et vers), les marqueurs inflammatoires (calprotectine), et l’évaluation de l’hyperperméabilité (zonuline). Le terme «intestin perméable» signifie qu’il y a des espaces entre les cellules de la paroi intestinale, permettant le passage de particules plus grosses que la normale. Cela peut provoquer divers problèmes tels que des douleurs, des crampes, des sensibilités alimentaires, et des réactions immunitaires. L’étude de la perméabilité intestinale est assez complexe, mais la recherche établit des liens avec l’intestin perméable et les maladies auto-immunes, l’autisme, les troubles métaboliques (diabète, obésité, et maladie du foie), et les maladies neurologiques [xii]. Le soutien de base pour l’intestin perméable est de renforcer la paroi intestinale à l’aide d’un acide aminé appelé glutamine ou avec du colostrum, un supplément riche en nutriments. Dans un essai randomisé contrôlé par placébo, il a été constaté que les suppléments de glutamine réduisaient considérablement les symptômes du SCI et produisaient rarement des évènements négatifs [xiii]. La zonuline est un marqueur de test de perméabilité. Dans une petite étude sur des athlètes, toutes les mesures sont revenues à la normale après 20 jours de supplémentation en colostrum [xiv].

Le tube digestif est indéniablement un trou de beigne complexe, et même si j’ai distingué quelques conditions, rien ne se produit jamais seul. Des milliards de bactéries communiquent ensemble, et ce système est étroitement lié au reste du corps. Dans tous les moyens de soutenir la santé globale, à mon avis, le tube digestif est central.

Krista Mackay, BSc, ND

Krista pratique à Montréal, Québec, et à Montevideo, Uruguay. Mère de deux garçons, elle se concentre sur la médecine naturopathique générale et familiale. Elle aide ses patients à trouver un équilibre raisonnable pour un bien-être optimal par le biais de la gestion du stress, de la nutrition, de la phytothérapie, et du travail corps-esprit.

kristamackay.ca


 


Références

[i]        Di Tommaso, N., A. Gasbarrini, et F.R. Ponziani. « Intestinal barrier in human health and disease. » International Journal of Environmental Research and Public Health, Vol. 18, Nº 23 (2021):12836.

[ii]       Sharabi, E., et A. Rezaie. « Small intestinal bacterial overgrowth. » Current Infectious Disease Reports, Vol. 26 (2024): 227–233.

[iii]      Sharabi et Rezaie, op. cit.

[iv]       Rezaie, A., M. Pimentel, et S.S. Rao. « How to test and treat small intestinal bacterial overgrowth: An evidence-based approach. » Current Gastroenterology Reports, Vol. 18, Nº. 2 (2016): 8.

[v]        Rezaie, Pimentel, et Rao, op. cit.

[vi]       Sharabi et Rezaie, op. cit.

[vii]      Rezaie, Pimentel, et Rao, op. cit.

[viii]     Goshal, U.C. « How to interpret hydrogen breath tests. » Journal of Neurogastroenterology and Motility, Vol. 17, Nº 3 (2011): 312–317.

[ix]       Li, L., et autres. « Ability of lactulose breath test results to accurately identify colorectal polyps through the measurement of small intestine bacterial overgrowth. » World Journal of Gastrointestinal Surgery, Vol. 15, Nº 6 (2023): 1138–1148.

[x]        Pimental, M. « Review of rifaximin as treatment for SIBO and IBS. » Expert Opinion on Investigational Drugs, Vol. 18, Nº 3 (2009): 349–358.

[xi]       Gatta, L., et C. Scarpignato. « Systematic review with meta-analysis: Rifaximin is effective and safe for the treatment of small intestine bacterial overgrowth. » Alimentary Pharmacology & Therapeutics, Vol. 45, Nº 5 (2017): 604–616.

[xii]      Di Tommaso, Gasbarrini, et Ponziani, op. cit.

[xiii]     Zhou, Q.Q., et autres. « A randomized placebo-controlled trial of dietary glutamine supplements for post‑infectious irritable bowel syndrome. » Gut, Vol. 68, Nº 6 (2018): 996–1002.

[xiv]     Hałasa, M., et autres. « Oral supplementation with bovine colostrum decreases intestinal permeability and stool concentrations of zonulin in athletes. » Nutrients, Vol. 9, Nº 4 (2017): 370.

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