Les enfants ont-ils besoin de suppléments ?
La nutrition est importante à tout âge ; cependant, pendant l’enfance, il est particulièrement important d’aider à soutenir la croissance, l’apprentissage, et l...
Le fascinant domaine émergent, les « origines fœtales de la maladie adulte », décrit l’impact que les facteurs environnementaux in utero peuvent avoir sur la santé à long terme de l’enfant [1]. Par exemple, le poids à la naissance et d’autres mesures de la croissance fœtale, ainsi que le stress maternel pendant la grossesse, ont été associés à un risque de maladie chronique chez l’adulte, y compris les maladies cardiovasculaires et métaboliques [2][3]. Des données scientifiques montrent que certains produits de santé naturels peuvent également réduire le risque de maladie à long terme du bébé.
Le meilleur exemple de l’effet des nutriments sur le développement est l’acide folique. L’acide folique diminue le risque de défauts du tube neural [4]. De plus, la prise d’une multivitamine pendant la grossesse réduit notamment le risque de cinq autres malformations congénitales, y compris les malformations cardiaques, ainsi que de trois cancers infantiles, dont la leucémie et les tumeurs cérébrales pédiatriques [5][6]. Nous préconisons la prise d’une multivitamine sans vitamine A ni bêta-carotène, compte tenu de la tératogénicité de la vitamine A ainsi que de son faible AQR pendant la grossesse (2500 UI), qui est facilement obtenu à partir de l’alimentation seulement ; les carences en vitamine A sont pratiquement inexistantes en Amérique du Nord [7][8][9].
L’acide docosahexaénoïque (ADH) est bien connu pour ses effets bénéfiques sur le développement neurologique [10]. L’ADH est un composant majeur de la membrane phospholipidique bicouche des neurones, et il y a une augmentation rapide, au troisième trimestre, de la proportion d’acides gras oméga-3 dans le cerveau, la rétine, et le foie du fœtus [11]. L’ADH est impliqué dans le développement des synapses ou jonctions de communication entre les neurones, le métabolisme des neurotransmetteurs, et le développement de la rétine [12]. Des études ont démontré que la supplémentation en huile de poisson pendant la grossesse améliore les mesures de l’intelligence chez les enfants, y compris le traitement mental, la coordination œil-main, et la résolution de problèmes [13][14][15]. La consommation de poisson pendant la grossesse a été associée à une hausse du QI verbal, du comportement social, de la motricité fine, de la communication, et des scores de développement social [16].
L’acide eicosapentaénoïque (AEP) est souvent négligé dans ce cadre ; cependant, compte tenu de la prévalence des troubles de l’humeur pendant la grossesse ou après l’accouchement, il est important de coadminister l’AEP avec l’ADH en raison de ses effets bénéfiques sur l’humeur [17]. Plusieurs méta-analyses ont démontré que l’usage d’une huile avec un rapport d’AEP:ADH de 2:1 ou plus est nécessaire pour obtenir des effets antidépresseurs et stabilisateurs de l’humeur, et qu’un taux plus élevé d’AEP est associé à de meilleurs effets antidépresseurs [18][19]. L’AEP peut également améliorer l’impact de l’ADH, puisqu’il régule à la hausse les protéines de transport de l’acide gras dans le placenta, augmentant ainsi le transfert de l’ADH au fœtus [20]. Un rapport d’AEP:ADH de 2:1 est donc un type d’huile de poisson idéal pour la supplémentation pendant la grossesse.
La prise d’huile de poisson pendant la grossesse réduit également le risque de maladie allergique chez l’enfant [21]. Cela comprend le risque d’exéma, d’asthme, et d’allergies. La prise de 2 à 4 g d’AEP et d’ADH combinés a été associée à une augmentation du nombre de cellules régulatrices T, des cellules impliquées dans l’amortissement d’une réponse immunitaire hyperactive [22]. De même, l’huile de poisson a été associée à une diminution de l’incidence de l’allergie alimentaire et de l’exéma [23], et à une réduction du risque d’asthme à l’âge de 16 ans [24].
Les probiotiques sont comme des adaptogènes pour le système immunitaire. Ils peuvent stimuler la réponse immunitaire si elle est altérée, mais ils peuvent également favoriser l’induction de la tolérance. De multiples essais menés sur des humains ont démontré que la prise de probiotiques par la mère au cours des derniers trois à six mois de grossesse, ainsi que leur administration au bébé au cours des six premiers mois de sa vie, peut réduire considérablement le développement de l’exéma, de l’asthme, et des allergies [25][26]. Une méta-analyse récente a examiné 17 études, auprès de 4755 enfants, et a constaté que la supplémentation en probiotiques pendant la grossesse et la petite enfance a été associée à un risque réduit de 22 % d’exéma par rapport aux enfants non traités, et cela a été particulièrement marqué chez les enfants qui ont reçu un mélange de probiotiques [27] ; ces enfants avaient un risque réduit de près de 50 %. Une autre méta-analyse a révélé que la supplémentation probiotique pendant la grossesse et la petite enfance peut réduire le risque d’atopie ainsi que l’hypersensibilité alimentaire chez les nourrissons [28].
Le mécanisme de cet effet semble être lié à l’absorption d’espèces probiotiques à partir des intestins maternels. Une nouvelle découverte intrigante est que le placenta abrite un microbiome unique [29]. De plus, en fin de grossesse et pendant l’allaitement, une voie bactérienne entéromammaire (de l’intestin aux seins) est établie, à travers laquelle des cellules immunitaires spécialisées sélectionnent des bactéries spécifiques du tractus intestinal maternel, et les conduisent par le biais de la circulation sanguine, aux glandes mammaires, où elles entrent dans le lait maternel et colonisent l’intestin du nourrisson [30][31].
Des données d’observation suggèrent que le statut de la vitamine D de la mère est associé à un risque réduit de respiration sifflante et à une meilleure réponse au traitement (effet bronchodilatateur) chez l’enfant [32]. Une méta-analyse des données de cohorte a constaté qu’un risque réduit d’asthme était associé à des niveaux de 25(OH)D maternels de 70 nmol/L [33]. Les données d’une étude de cohorte à grande échelle sur la prise de suppléments d’huile de foie de morue, contenant des acides gras oméga-3 et de la vitamine D, pendant la grossesse indique que la supplémentation est associée à une réduction de 70 % du risque de diabète de type 1 chez l’enfant [34].
D’autres données suggèrent qu’une carence maternelle en vitamine D entraine une augmentation de l’exposition du fœtus aux hormones glucocorticoïdes comme le cortisol (« l’hormone du stress »), ce qui peut affecter la programmation du cerveau du fœtus en ce qui concerne la régulation de la réponse au stress (axe HPA) et peut avoir un impact sur la croissance fœtale in utero [35][36].
En conclusion, la grossesse est une fenêtre particulièrement sensible au cours de laquelle la santé générale à long terme peut être déterminée. Il existe des preuves suffisantes pour justifier la prise prénatale de suppléments nutritifs spécifiques, dont l’acide folique et les multivitamines, les acides gras oméga-3 riches en AEP et en ADH, les probiotiques multisouches, et la vitamine D.