Vieillir en santé : Oxymore ou opportunité ? Partie 2
Dans « Vieillir en santé… Partie 1 » (Fleurir, automne 2025), nous avons examiné l’effet du vieillissement sur nos articulations, nos muscles, et notre système...
Dans notre monde actuel, où tout va très vite et où le stress est omniprésent, les antioxydants sont devenus un sujet central pour la santé et le bienêtre. Des soins de la peau à la santé cardiaque, ces composés sont essentiels pour protéger l’organisme des effets néfastes du stress oxydatif. Parmi les antioxydants dont notre corps a besoin, l’un d’eux se distingue par sa puissance et son importance : la superoxyde dismutase (SOD).
La superoxyde dismutase n’est pas un simple antioxydant alimentaire : c’est une enzyme naturellement présente dans chaque cellule vivante, où elle joue un rôle essentiel dans la première ligne de défense de l’organisme contre les dommages causés par les radicaux libres. Comme toutes les enzymes, la SOD dépend de cofacteurs minéraux — dont le zinc, le manganèse, le nickel, le fer, et le cuivre — pour convertir le superoxyde, une molécule hautement réactive et nocive, en substances moins nocives comme l’oxygène et le peroxyde d’hydrogène. En inactivant le superoxyde, la SOD protège les cellules de l’inflammation, des mutations de l’ADN, et du vieillissement prématuré [1].
Bien que notre corps produise naturellement de la SOD, ses niveaux diminuent avec l’âge, le stress chronique, et l’exposition environnementale. Cette diminution progressive a suscité un intérêt croissant pour la supplémentation en SOD comme stratégie pour soutenir la santé et la résilience à long terme.
Examinons de plus près comment la SOD soutient la santé dans de multiples systèmes biologiques.
Le vieillissement cutané se caractérise par une atrophie, la formation de rides, et une diminution de la résistance à la traction, principalement dues aux lésions cellulaires, à la dégradation structurelle, et à l’altération du réseau de fibres de collagène. Le stress oxydatif est l’un des principaux facteurs de ces changements [2]. Lors d’une étude animale, une supplémentation en SOD a retardé le vieillissement cutané chez la souris en favorisant la production de collagène [3]. Plus récemment, une autre étude, utilisant une forme microbienne hautement stable de superoxyde dismutase (hsSOD), a révélé que, correctement stabilisée, la SOD peut réduire significativement les marqueurs du stress oxydatif dans un modèle murin de vieillissement. Ces souris présentaient une densité de fibres de collagène plus élevée et une meilleure intégrité cutanée [4].
Le système cardiovasculaire est très sensible au stress oxydatif, qui joue un rôle essentiel dans le développement des maladies cardiaques. Une faible activité de la SOD a été associée à un risque accru d’accident vasculaire cérébral, d’hypertension, d’hypercholestérolémie, d’athérosclérose, d’insuffisance cardiaque, et d’autres maladies cardiovasculaires [5]. En neutralisant les dérivés réactifs de l’oxygène (DRO), la SOD contribue au maintien de la fonction endothéliale et de l’intégrité vasculaire. Des modèles précliniques ont démontré qu’une expression élevée de la SOD réduit le stress oxydatif et l’inflammation vasculaire, deux facteurs clés de l’athérosclérose. Ces effets protecteurs suggèrent que la SOD pourrait contribuer à réduire le risque d’évènements cardiovasculaires en préservant la fonction artérielle [6].
Le métabolisme énergétique génère naturellement des sous-produits oxydatifs, notamment lors de la production d’adénosine triphosphate (ATP) à partir du glucose et des acides gras. Cette charge oxydative est souvent amplifiée dans les troubles métaboliques. Dans une étude, des souris obèses nourries avec un régime riche en graisses et supplémentées en SOD ont présenté des réductions significatives de leurs taux de triglycérides, ce qui suggère une meilleure sensibilité à l’insuline [7]. De même, dans un modèle d’obésité induite par l’alimentation chez le hamster, la supplémentation en SOD a entrainé une diminution de l’adiposité, une meilleure réactivité à l’insuline, et une réduction des dommages oxydatifs [8]. Ces résultats soulignent le potentiel de la SOD pour le bon fonctionnement du métabolisme.
Le tube digestif est une autre zone où le stress oxydatif exerce des effets néfastes. Dans une étude portant sur une colite induite chimiquement (utilisant du TNBS et du DSS), des animaux carencés en SOD ont subi de graves dommages oxydatifs, une altération de l’intégrité de la barrière intestinale, et une perte de poids. Ces animaux présentaient également des taux élevés de cellules immunitaires inflammatoires telles que les macrophages, les cellules dendritiques, et les neutrophiles. En revanche, une supplémentation orale en SOD a entrainé une réduction significative de l’inflammation, suggérant un rôle protecteur pour la santé intestinale et une approche thérapeutique potentielle pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin [9].

Les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, et la sclérose latérale amyotrophique (SLA), sont étroitement liées aux dommages oxydatifs. Une diminution de l’activité de la SOD a été observée dans le cerveau de patients atteints de la maladie d’Alzheimer, et des mutations des cofacteurs Cu/Zn‑SOD sont directement impliquées dans la SLA familiale. L’augmentation de l’activité de la SOD s’est révélée prometteuse pour protéger les neurones des dommages oxydatifs, réduire les taux de superoxyde dans l’hippocampe, et préserver la fonction mnésique lors d’études animales. De plus, l’utilisation de mimétiques de la SOD a même démontré sa capacité à atténuer l’accumulation d’amyloïde et de tau, interrompant ainsi la progression du déclin cognitif [10].
Bien qu’encore à l’étude, le rôle de la SOD dans la prévention du cancer suscite un intérêt croissant. En neutralisant les dérivés réactifs de l’oxygène (DRO), la SOD contribue à réduire les dommages à l’acide désoxyribonucléique (ADN), l’inflammation, et le stress cellulaire chronique, autant de facteurs contribuant au développement tumoral. Bien que des preuves cliniques supplémentaires soient nécessaires, les premières recherches suggèrent que la SOD pourrait améliorer les défenses contre le cancer en renforçant les défenses oxydatives naturelles de l’organisme ou en soutenant les thérapies traditionnelles [11], [12].
Malgré son potentiel thérapeutique, la supplémentation orale en SOD se heurte à des limites importantes :
Par conséquent, les formes non protégées de SOD, telles que celles contenues dans des poudres ou des capsules de base, sont peu susceptibles d’apporter des bienfaits cliniquement significatifs.
Pour remédier à la faible disponibilité orale de la SOD, de nouvelles formulations utilisent des enrobages entériques, formés de couches résistantes aux acides qui contournent la dégradation gastrique et libèrent la SOD dans l’intestin grêle. Cette innovation améliore la stabilité, l’absorption, et l’activité potentielle.

La superoxyde dismutase est l’un des antioxydants les plus essentiels à l’organisme. Elle offre une puissante protection contre le stress oxydatif et les maladies associées telles que les maladies neurodégénératives, les troubles cardiovasculaires, l’inflammation chronique, le vieillissement, et même le cancer. Cependant, les bienfaits de la SOD reposent sur sa capacité à rester active dans le tube digestif. Sans apport protecteur, la SOD orale se dégrade rapidement et devient inefficace.
L’avenir de la supplémentation en SOD repose sur des systèmes d’administration avancés, notamment les enrobages entériques et les formes enzymatiques stabilisées, qui préservent la fonction enzymatique jusqu’à son absorption dans les intestins ou les tissus enflammés. Choisir des suppléments de SOD biodisponibles et scientifiquement validés, idéalement avec l’aide d’un praticien de soins de santé qualifié, permet d’exploiter pleinement le potentiel thérapeutique de ce remarquable antioxydant.

Colleen Hartwick, ND
Colleen Hartwick est docteure en naturopathie enregistrée pratiquant au nord de l’ile de Vancouver, et elle porte un intérêt spécifique aux traumatismes et à leurs rôles dans les maladies.
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[1] Younus, H. « Therapeutic potentials of superoxide dismutase. » International Journal of Health Sciences, Vol. 12, Nº 3 (2018): 88–93.
[2] Treiber, N., et autres. « The role of manganese superoxide dismutase in skin aging. » Dermato‑Endocrinology, Vol. 4, Nº 3 (2012): 232–235.
[3] M.J. Lee, et autres. « Extracellular superoxide dismutase prevents skin aging by promoting collagen production through the activation of AMPK and Nrf2/HO‑1 cascades. » The Journal of Investigative Dermatology, Vol. 141, Nº 10 (2021): 2344–2353.e7.
[4] Dong, L., et autres. « Oral delivery of a highly stable superoxide dismutase as a skin aging inhibitor. » Biomedicine & Pharmacotherapy, Vol. 164 (2023): 114878.
[5] Kumar, A., et autres. « Modulation of superoxide dismutase activity by mercury, lead, and arsenic. » Biological Trace Element Research, Vol. 196, Nº 2 (2020): 654–661.
[6] Rosa, A.C., et autres. « Superoxide dismutase administration: A review of proposed human uses. » Molecules, Vol. 26, Nº 7 (2021): 1844.
[7] Perriotte‑Olson, C., et autres. « Nanoformulated copper/zinc superoxide dismutase exerts differential effects on glucose vs lipid homeostasis depending on the diet composition possibly via altered AMPK signaling. » Translational Research, Vol. 188 (2017): 10–26.
[8] Decorde, K., et autres. « Preventive effect of a melon extract rich in superoxide scavenging activity on abdominal and liver fat and adipokine imbalance in high-fat-fed hamsters. » Journal of Agricultural and Food Chemistry, Vol. 57, Nº 14 (2009): 6461–6467.
[9] Hwang, J, et autres. « SOD1 suppresses pro‑inflammatory immune responses by protecting against oxidative stress in colitis. » Redox Biology, Vol. 37 (2020): 101760.
[10] Rosa et al., op. cit.
[11] Rosa et al., op. cit.
[12] Rasheed, Z. « Superoxide dismutase: Challenges, opportunities, and promises for clinical translation. » International Journal of Health Sciences, Vol. 18, Nº 3 (2024): 1–3.
[13] Ibid.
[14] Bannister, J.V., W.H. Bannister, et G. Rotilio. « Aspects of the structure, function, and applications of superoxide dismutase. » CRC Critical Reviews in Biochemistry, Vol. 22, Nº 2 (1987): 111–180.