Vieillir en santé : Oxymore ou opportunité ? Partie 2
Dans « Vieillir en santé… Partie 1 » (Fleurir, automne 2025), nous avons examiné l’effet du vieillissement sur nos articulations, nos muscles, et notre système...
Dans le monde des compléments alimentaires, nous avons souvent tendance à privilégier les produits familiers tels que les oméga-3, les probiotiques, et la vitamine D, tous des nutriments dont beaucoup de gens souffrent d’une carence et qui offrent des bienfaits bien documentés. Bien que ces produits de base méritent certainement leur place, il existe toute une catégorie de vitamines et de minéraux moins connus qui sont tout aussi essentiels et souvent négligés. En fait, ces nutriments méconnus pourraient profiter à plus de gens que nous ne le pensons. Mettons en lumière quelques-uns de ces héros sous-estimés.
Même si le nom de ce supplément commence par la dernière lettre de l’alphabet, le zinc ne devrait certainement pas figurer en dernière position sur votre liste des essentiels quotidiens. Le zinc est l’un des oligoéléments les plus importants dans l’alimentation humaine, jouant un rôle dans des centaines de fonctions physiologiques.
Chez les hommes, le zinc favorise un métabolisme sain de la testostérone et peut aider à maintenir des niveaux normaux de testostérone, en particulier en cas de carence marginale. Il peut également contribuer à la santé reproductive masculine, en favorisant la qualité des spermatozoïdes en termes de nombre, de motilité, et de morphologie.
Le zinc est essentiel au bon fonctionnement du système immunitaire. Il est largement reconnu pour son rôle dans le développement et le fonctionnement des lymphocytes T, qui jouent un rôle clé dans la réponse immunitaire adaptative. Cependant, son influence va au-delà des lymphocytes T. Le zinc favorise également l’activité, la survie, et la régulation des monocytes, des cellules tueuses naturelles, des lymphocytes B, et de divers sous-ensembles de lymphocytes T. Ces cellules immunitaires travaillent ensemble pour monter une défense efficace contre les agents pathogènes, et lorsque les niveaux de zinc sont insuffisants, leur fonction peut être considérablement altérée.
Une carence légère peut affaiblir à la fois l’immunité innée et l’immunité adaptative, tandis qu’une carence chronique peut entrainer une augmentation de l’inflammation, contribuant à des affections telles que la polyarthrite rhumatoïde et d’autres troubles inflammatoires[1].
Au-delà de l’immunité, le zinc soutient également plus de 300 enzymes impliquées dans des processus biologiques clés tels que la synthèse de l’ADN, l’expression génétique, la réparation cellulaire et la régénération tissulaire[2], ce qui en fait un minéral essentiel pour la santé globale de l’organisme.
En raison de son abondance dans l’épiderme, la couche protectrice la plus externe de la peau, le zinc joue un rôle essentiel dans le maintien de l’intégrité de la peau, et même une carence légère est associée à une peau rugueuse et à une cicatrisation altérée. En fait, la carence en zinc est systématiquement associée à un retard de cicatrisation et à une altération de la réparation cutanée[3].
Au-delà de ses bienfaits dermatologiques, le zinc contribue au maintien d’un tissu conjonctif sain et soutient les fonctions cognitives. Il joue également un rôle clé dans le métabolisme des glucides, des lipides, et des protéines, ce qui le rend essentiel à la production d’énergie et au bienêtre général.

Le sélénium est souvent reconnu pour ses puissantes propriétés antioxydantes, notamment grâce à son rôle dans l’augmentation des niveaux de glutathion peroxydase, une enzyme cruciale qui aide à réduire la peroxydation lipidique[4]. La peroxydation lipidique se produit lorsque les graisses de vos cellules sont endommagées par les radicaux libres, des molécules instables générées par le stress, la pollution, une mauvaise alimentation, ou le vieillissement. Ce type de dommage cellulaire peut affaiblir les membranes cellulaires, favoriser l’inflammation, et contribuer au vieillissement et aux maladies chroniques.
Mais le sélénium fait bien plus que lutter contre le stress oxydatif. Il joue un rôle essentiel dans le métabolisme des hormones thyroïdiennes, notamment en favorisant la conversion de la thyroxine (T4) en triiodothyronine (T3), la forme active de l’hormone thyroïdienne que l’organisme utilise au niveau cellulaire[5]. Cette conversion est essentielle au maintien d’un métabolisme sain. L’hypothyroïdie, une affection caractérisée par une insuffisance de la fonction thyroïdienne, est souvent associée à des taux plus faibles de T3 active, ce qui peut entrainer des symptômes tels que fatigue, prise de poids inexpliquée, sensibilité au froid, et métabolisme lent.
Le sélénium, associé à l’iode, peut contribuer au bon fonctionnement de la thyroïde, en particulier chez les personnes présentant un faible taux de sélénium ou celles atteintes de troubles thyroïdiens auto-immuns tels que la thyroïdite de Hashimoto. Un apport suffisant en ce minéral peut contribuer à une activation plus efficace des hormones thyroïdiennes et à un meilleur équilibre métabolique.
Des recherches récentes soulignent également le rôle du sélénium dans la santé reproductive et hormonale. Chez les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), le sélénium peut contribuer à l’équilibre hormonal et à l’amélioration des marqueurs métaboliques[6]. Chez les hommes, le sélénium est essentiel à la motilité et à la morphologie des spermatozoïdes, et une carence est associée à une baisse de la fertilité[7]. Un apport adéquat en sélénium peut donc être un facteur important pour favoriser la santé reproductive masculine et féminine.
En outre, certaines études ont exploré les propriétés antivirales potentielles du sélénium, en particulier dans le contexte du VPH et du VIH[8], mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement son rôle dans la défense immunitaire contre ces virus.

Le bore joue un double rôle dans le maintien de la santé osseuse et la régulation des hormones sexuelles, deux systèmes étroitement liés.
Des recherches montrent que le bore est essentiel à l’ostéogenèse, c’est-à-dire à la formation du tissu osseux. Une carence peut nuire au développement osseux et ralentir la guérison. Il a été démontré que la supplémentation réduit les pertes urinaires de calcium et de magnésium, améliore leur absorption, et favorise leur incorporation dans les os[9]. Ces effets peuvent être en partie dus à la capacité du bore à inhiber la dégradation du 17β-estradiol, une hormone essentielle à la densité osseuse. Le bore augmente également les niveaux de 25-hydroxyvitamine D3, ce qui favorise davantage la santé du squelette et des hormones[10].
Sur le plan hormonal, le bore aide à réguler l’estrogène et la testostérone, en particulier pendant les étapes de la vie marquées par des changements hormonaux, telles que la ménopause et l’andropause. Des études montrent que le bore peut augmenter l’estradiol chez les femmes et la testostérone libre chez les hommes[11].
Un mécanisme clé est l’interaction du bore avec la globuline liant les hormones sexuelles (SHBG). Cette protéine se lie étroitement à la testostérone et à l’estradiol, limitant leur disponibilité. Le bore semble réduire l’affinité de liaison de la SHBG, ce qui entraine des niveaux plus élevés d’hormones libres et actives[12]. Ce changement a été associé à une amélioration de l’énergie, de la libido, de l’humeur, et des fonctions cognitives.
Chez les hommes, le bore réduit également les marqueurs inflammatoires tels que l’interleukine‑6 (IL‑6), la protéine C‑réactive (CRP) et le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF‑α), renforçant ainsi ses bienfaits pour la santé hormonale et immunitaire[13].
Ensemble, ces actions font du bore un micronutriment essentiel pour l’intégrité osseuse, l’équilibre hormonal, et un vieillissement en bonne santé.
Bien qu’ils ne soient pas sous les feux de la rampe, le zinc, le sélénium, et le bore sont loin d’être ordinaires. Ces nutriments méconnus soutiennent tout, de la résilience immunitaire et l’équilibre hormonal à la santé osseuse et la fertilité. Dans un monde du bienêtre obsédé par les tendances, il est temps d’accorder à ces puissances discrètes l’attention qu’elles méritent. Parfois, les solutions les plus efficaces ne sont pas tape-à-l’œil : elles sont simplement essentielles.

Annick Moffatt, ND
Avec plus de 20 ans d’expérience dans le milieu de la santé, tout d’abord en psychologie, ensuite en tant que docteure en naturopathie, elle apporte une approche globale face aux problèmes de la santé.
[1] Bonaventura, P., G. Benedetti, F. Albarède, and P. Miossec. “Zinc and its role in immunity and inflammation.” Autoimmunity Reviews, Vol. 14, No. 4 (2015): 277–285.
[2] Kiouri, D.P., C.T. Chasapis, T. Mavromoustakos, C.A. Spiliopoulou, and M.E. Stefanidou. “Zinc and its binding proteins: Essential roles and therapeutic potential.” Archives of Toxicology, Vol. 99 (2025): 23–41.
[3] Lin, P.‑H., M. Sermersheim, H. Li, P.H.U. Lee, S.M. Steinberg, J. Ma. “Zinc in wound healing modulation.” Nutrients, Vol. 10, No. 1 (2017): 16.
[4] Hussein, O., M. Rosenblat, G. Refael, and M. Aviram. “Dietary selenium increases cellular glutathione peroxidase activity and reduces the enhanced susceptibility to lipid peroxidation of plasma and low-density lipoprotein in kidney transplant recipients.” Transplantation, Vol. 63, No. 5 (1997): 679–685.
[5] Alehagen, U., J. Alexander, J.O. Aaseth, A. Larsson, and T.B. Opstad. “Supplementation with selenium and coenzyme Q10 in an elderly Swedish population low in selenium—Positive effects on thyroid hormones, cardiovascular mortality, and quality of life.” BMC Medicine, Vol. 22 (2024): 191.
[6] F. Hajizadeh‑Sharafabad, J. Moludi, H. Tutunchi, E. Taheri, A. Izadi, and V. Maleki. “Selenium and polycystic ovary syndrome; current knowledge and future directions: A systematic review.” Hormone and Metabolic Research, Vol. 51, No. 5 (2019): 279–287.
[7] Mojadadi, A., A. Au, W. Salah, P. Witting, and G. Ahmad. “Role for selenium in metabolic homeostasis and human reproduction.” Nutrients, Vol. 13, No. 9 (2021): 3256.
[8] Pourmoradian, S., L. Rezazadeh, H. Tutunchi, and A. Ostadrahimi. “Selenium and zinc supplementation in HIV-infected patients.” Vitamin and Nutrition Research, Vol.94, No. 2 (2024): 153–159.
[9] Nielsen, F.H., C.D. Hunt, L.M. Mullen, and J.R. Hunt. “Effect of dietary boron on mineral, estrogen, and testosterone metabolism in postmenopausal women.” FASEB Journal, Vol. 1, No. 5 (1987): 394–397.
[10] Miljkovic, D., N. Miljkovic, and M.F. McCarty. “Up-regulatory impact of boron on vitamin D function—Does it reflect inhibition of 24-hydroxylase?” Medical Hypotheses, Vol. 63, No. 6 (2004): 1054–1056.
[11] Pizzorno, L. “Nothing boring about boron.” Integrative Medicine, Vol. 14, No. 4 (2015): 35–48.
[12] Naghii, M.R., and S. Samman. “The effect of boron supplementation on its urinary excretion and selected cardiovascular risk factors in healthy male subjects.” Biological Trace Element Research, Vol. 56 (1997): 273–286.
[13] Naghii, M.R., M. Mofid, A.R. Asgari, M. Hedayati, and M.‑S. Daneshpour. “Comparative effects of daily and weekly boron supplementation on plasma steroid hormones and proinflammatory cytokines.” Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, Vol. 25, No. 1 (2011): 54–58.