Basilic sacré et lutte au stress : Une solution naturelle aux enjeux d’aujourd’hui
Basilic sacré et lutte au stress : Une solution naturelle aux enjeux d’aujourd’hui
Le tube digestif est constitué de deux couches de cellules qui contrôlent ce qui est absorbé dans la circulation sanguine et les vaisseaux lymphatiques du tube digestif et ce qui est éliminé lors des selles. Dans un tube digestif sain, les cellules adjacentes qui forment la paroi absorbante sont reliées entre elles par des structures appelées jonctions serrées. Imaginez que la paroi de vos intestins est une courtepointe où chaque cellule intestinale est représentée par un seul carré de la courtepointe, et chaque carré est cousu à ses voisins avec du fil — ces points de suture sont les jonctions serrées. Ces jonctions serrées contribuent à garantir que nous absorbons uniquement ce qui est souhaité dans les intestins (vitamines, minéraux, gras alimentaires, glucides, etc.), tandis que le reste est éliminé sous forme de déchets [1].
Lorsque les jonctions serrées sont endommagées, des espaces se forment entre les cellules intestinales adjacentes. La perturbation des jonctions serrées est connue sous le nom d’hyperperméabilité intestinale ou, plus communément, d’intestin perméable. L’hyperperméabilité qui caractérise l’intestin perméable crée des brèches dans la paroi intestinale, ce qui peut alors permettre l’absorption de substances nocives comme des bactéries, des toxines, ou des particules alimentaires non digérées. Une fois absorbées, ces toxines peuvent atteindre la circulation sanguine, où elles peuvent déclencher une réponse inflammatoire qui peut avoir un effet négatif sur les systèmes hormonal, immunitaire, nerveux, respiratoire, ou reproducteur [2]. L’inflammation associée à l’intestin perméable est associée à des troubles intestinaux comme la maladie inflammatoire chronique de l’intestin, le syndrome du côlon irritable (SCI), la maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique, et la cirrhose du foie. De plus, l’intestin perméable est associé à des maladies extérieures aux intestins, notamment le diabète sucré, l’obésité, les maladies cardiaques, la maladie d’Alzheimer, la dépression, etc. [3].
L’intégrité de la paroi intestinale et de ses jonctions serrées dépend fortement de l’état du microbiote (l’ensemble des bactéries qui résident dans les intestins) ainsi que de la couche de mucus qui recouvre et protège la paroi intestinale. Les interactions entre le microbiote intestinal et le système immunitaire sont importantes pour réduire l’inflammation et stabiliser les jonctions serrées [4]. Les mécanismes par lesquels le microbiote intestinal contribue à réduire la perméabilité intestinale sont nombreux et incluent la réduction de la croissance des bactéries pathogènes et la production d’acides gras à chaine courte, comme le butyrate, qui aident à réduire l’inflammation locale et servent de source de carburant aux cellules intestinales. Une perturbation du microbiote intestinal (dysbiose), par exemple une infection par Helicobacter pylori, peut entrainer une perturbation des jonctions serrées [5].
Outre les altérations du microbiote intestinal, certains médicaments sont associés à l’apparition de l’intestin perméable : par exemple, les antibiotiques, les antiinflammatoires non stéroïdiens (AINS), l’aspirine, et le paracétamol endommagent la couche muqueuse de l’estomac et des intestins. L’utilisation à long terme de ces médicaments est associée à une augmentation de la perméabilité intestinale [6].
L’alimentation est un autre facteur impliqué dans le développement de l’intestin perméable. Ce que nous consommons joue un rôle majeur dans le fonctionnement de l’intestin et la composition du microbiote. La consommation de sucres simples (fructose, glucose, et saccharose) est impliquée dans l’augmentation de la perméabilité intestinale et dans le dysfonctionnement des jonctions serrées. D’autre part, certains glucides, notamment les glucides complexes (fibres), peuvent favoriser la croissance de bactéries bénéfiques et sont reconnus pour avoir un effet positif sur la perméabilité intestinale [7]. Les fibres alimentaires sont décomposées par des enzymes et fermentées par des microorganismes, produisant des acides gras à chaine courte comme le butyrate et le propionate, qui jouent un rôle clé dans la protection des intestins. La consommation d’alcool dégrade la couche muqueuse des intestins, essentielle au fonctionnement de la barrière intestinale, et est un autre facteur contribuant au développement de l’intestin perméable [8].
Enfin, le stress et certains états associés au stress — comme les exercices d’endurance intenses, la dépression, et les changements physiologiques pendant la grossesse — sont associés à une augmentation de la perméabilité intestinale [9]. Avec le stress, les niveaux d’inflammation augmentent, en raison de la libération de substances chimiques comme l’histamine. En réponse à l’inflammation induite par le stress, l’hormone cortisol est produite pour aider le corps à s’adapter au facteur de stress. Il a été démontré que des niveaux chroniquement élevés de cortisol et d’histamine augmentent la perméabilité intestinale [10].
Comme nous l’avons vu, l’intestin perméable peut se développer pour de nombreuses raisons, et il existe plusieurs façons d’y remédier. Voici quelques stratégies pour soutenir la santé de vos jonctions serrées intestinales.
Réduisez le stress autant que vous le pouvez. Si vous ne parvenez pas à éliminer un facteur de stress, développez des outils pour aider à réduire les effets du stress sur votre corps, comme des exercices de respiration, des techniques d’ancrage, la méditation, ou l’adoption d’un exutoire créatif (journal, peinture, chant).
Adoptez un régime alimentaire bon pour l’intestin ; pauvre en sucres simples et en alcool ; et riche en fibres, en aliments d’origine végétale, et en aliments fermentés. Les plantes sont riches en composés appelés polyphénols, qui sont associés à une plus grande diversité de bactéries bénéfiques pour l’intestin. Les polyphénols améliorent également l’intégrité des jonctions serrées, augmentent la sécrétion de mucus, et diminuent la perméabilité de la barrière intestinale, améliorant ainsi généralement le mécanisme de défense intestinal [11]. Les fibres constituent l’aliment préféré des bactéries intestinales bénéfiques telles que les lactobacilles et les bifidobactéries. L’augmentation de l’apport en fibres favorise un microbiome sain en favorisant la croissance de bactéries bénéfiques. De plus, comme mentionné précédemment, le microbiote intestinal fermente les fibres alimentaires, créant des acides gras à chaine courte qui nourrissent les cellules de la muqueuse intestinale et aident à réduire l’inflammation qui pourrait autrement perturber l’intégrité des jonctions serrées [12], [13].
Les vitamines antioxydantes, dont les vitamines A et D, sont importantes pour le maintien des jonctions serrées. Des études in vitro montrent que les vitamines A et D améliorent les jonctions serrées dans l’intestin. Ces deux vitamines sont nécessaires à l’intégrité de l’épithélium : elles soutiennent le microbiote intestinal et aident à réduire l’inflammation intestinale [14], [15].
La ʟ‑glutamine est un acide aminé capable de réguler l’expression des protéines de jonction serrée. La ʟ‑glutamine aide à réduire l’inflammation intestinale, permettant ainsi à la membrane des cellules intestinales de rester imperméable [16], [17].
La carnosine de zinc semble soutenir la fonction de la barrière intestinale en agissant comme antioxydant. Un essai clinique sur la carnosine de zinc administrée par voie orale a montré qu’elle prévient l’augmentation de la perméabilité intestinale provoquée par des doses cliniques d’indométacine, un AINS [18].
La perturbation de la fonction de barrière du tractus intestinal est un facteur important de toute une série de problèmes de santé, notamment le syndrome du côlon irritable, l’obésité, et la démence. Comme nous l’avons vu, de nombreuses raisons contribuent au développement de l’intestin perméable. Il est donc essentiel de travailler avec un praticien de soins de santé qualifié, expérimenté, et capable d’évaluer, par des tests de diagnostic appropriés, si l’intestin perméable contribue à votre état de santé actuel. Plus important encore, consultez un praticien de soins de santé qualifié avant de commencer tout régime de suppléments pour traiter l’intestin perméable afin de vous assurer que les suppléments que vous envisagez sont à la fois surs et appropriés.
Colleen Hartwick, ND
Colleen Hartwick est docteure en naturopathie enregistrée pratiquant au nord de l’ile de Vancouver, et elle porte un intérêt spécifique aux traumatismes et à leurs rôles dans les maladies.
campbellrivernaturopathic.com
[1] Aleman, R.S., M. Moncada, et K.J. Aryana. « Leaky gut and the ingredients that help treat it: A review. » Molecules, Vol. 28, Nº 2 (2023): 619.
[2] Obrenovich, M.E.M. « Leaky gut, leaky brain? » Microorganisms, Vol. 6, Nº 4 (2018): 107.
[3] Aleman, Moncada, and Aryana, op. cit.
[4] Yoo, J.Y., et autres. « Gut microbiota and immune system interactions. » Microorganisms, Vol. 8, Nº 10 (2020): 1587.
[5] Carding, S., et autres. « Dysbiosis of the gut microbiota in disease. » Microbial Ecology in Health and Disease, Vol. 26 (2015): 26191.
[6] Aleman, Moncada, et Aryana, op. cit.
[7] Binienda, A., et autres. « Dietary carbohydrates and lipids in the pathogenesis of leaky gut syndrome: An overview. » International Journal of Molecular Sciences, Vol. 21, Nº 21 (2020): 8368.
[8] Aleman, Moncada, et Aryana, op. cit.
[9] Camilleri, M. « Leaky gut: Mechanisms, measurement and clinical implications in humans. » Gut, Vol. 68, Nº 8 (2019): 1516–1526.
[10] Madison, A., et J.K. Kiecolt‑Glaser. « Stress, depression, diet, and the gut microbiota: Human-bacteria interactions at the core of psychoneuroimmunology and nutrition. » Current Opinion in Behavioral Sciences, Vol. 28 (2019): 105–110.
[11] Kaulmann, A., et T. Bohn. « Bioactivity of polyphenols: Preventive and adjuvant strategies toward reducing inflammatory bowel diseases-promises, perspectives, and pitfalls. » Oxidative Medicine and Cellular Longevity, Vol. 2016 (2016): 464–470.
[12] Aleman, Moncada, et Aryana, op. cit.
[13] Kaulmann et Bohn, op. cit.
[14] Aleman, Moncada, et Aryana, op. cit.
[15] Raftery, T., et autres. « Effects of vitamin D supplementation on intestinal permeability, cathelicidin and disease markers in Crohn’s disease: Results from a randomised double-blind placebo-controlled study. » United European Gastroenterology Journal, Vol. 3, Nº 3 (2015): 294–302.
[16] Aleman, Moncada, et Aryana, op. cit.
[17] Kretzmann, N.A., et autres. « Effects of glutamine on proinflammatory gene expression and activation of nuclear factor kappa B and signal transducers and activators of transcription in TNBS-induced colitis. » Inflammatory Bowel Diseases, Vol. 14, Nº 11 (2008): 1504–1513.
[18] Playford, R.J., et T. Marchbank. « Oral zinc carnosine reduces multi-organ damage caused by gut ischemia/reperfusion in mice. » Journal of Functional Foods, Vol. 78 (2021): 104361.