Calculs rénaux : Petits cristaux, grand inconfort

Par Annick Moffatt, ND 07 juillet 2026 9 min de lecture Read in English

L’été est enfin là. La plupart d’entre nous profitons désormais du soleil radieux et de sa chaleur sur la peau; allumons le barbecue; grillons de la viande ou de la volaille juteuse; et nous désaltérons avec des sodas, des bières, ou des ponchs bien frais après une chaude journée. À côté de la viande, une salade colorée d’épinards et de betteraves, saupoudrée de sel, se retrouve souvent sur la table, suivie d’une pointe de tarte aux fraises et à la rhubarbe. Un repas d’été idéal, en somme — et, pour la plupart d’entre nous, c’est le cas. Mais pour les personnes sujettes aux calculs rénaux, parfois appelés «pierres aux reins», certaines de ces habitudes apparemment anodines peuvent s’accumuler insidieusement : transpiration excessive; hydratation insuffisante; et consommation accrue de sodium, de protéines animales, de boissons sucrées, et d’aliments riches en oxalate. Ensemble, ces facteurs peuvent créer un environnement urinaire propice à la concentration, à la cristallisation, et à la formation de calculs.

Chaque année, environ 0,3 % des adultes canadiens subissent un épisode de calcul rénal suffisamment grave pour être consigné dans les données hospitalières, d’urgence, ou d’intervention, et près de 40 % de ces épisodes nécessitent une intervention [i]. Ce chiffre n’inclut pas les calculs moins importants expulsés à domicile ou pris en charge hors milieu hospitalier, ce qui signifie que le nombre réel de personnes développant des calculs rénaux pourrait être plus élevé.

Que sont les calculs rénaux?

Les calculs rénaux sont des dépôts minéraux durs qui se forment à l’intérieur des reins lorsque certaines substances présentes dans l’urine deviennent trop concentrées et commencent à cristalliser. Ils peuvent rester dans le rein sans provoquer de symptômes, ou migrer dans l’uretère, où ils peuvent déclencher des douleurs intenses, des nausées, du sang dans les urines, ou une obstruction urinaire.

La plupart des calculs rénaux sont à base de calcium, les calculs d’oxalate de calcium étant les plus fréquents [ii]. Parmi les autres types, on trouve les calculs de phosphate de calcium, d’acide urique, de struvite, et de cystine. Chaque type présente des caractéristiques spécifiques, mais beaucoup partagent un point commun : une urine trop concentrée, trop riche en composés lithogènes, ou trop pauvre en facteurs protecteurs naturels.

Pourquoi se forment les calculs rénaux?

Le corps ne produit pas de calculs rénaux intentionnellement : ils se forment lorsque l’équilibre chimique de l’urine est perturbé. L’urine contient naturellement des minéraux et des déchets. En présence d’une quantité suffisante de liquide, ces substances restent diluées et sont éliminées plus facilement. Mais lorsque l’urine devient concentrée, des cristaux peuvent commencer à se former. Avec le temps, ces cristaux peuvent grossir, s’agglomérer, et former des calculs.

C’est là qu’une journée d’été typique peut jouer un rôle. La chaleur augmente la transpiration, ce qui entraine une perte accrue de liquides par la peau. Si ces liquides ne sont pas remplacés par suffisamment d’eau, l’urine devient plus concentrée. Des études menées sur de vastes cohortes ont également révélé que les sodas et les ponchs sucrés sont associés à un risque accru de calculs rénaux (respectivement de 23 % et 18 %), faisant de l’eau un choix bien plus judicieux au quotidien pour la santé des voies urinaires [iii].

L’alimentation peut également influencer la formation de calculs rénaux. Les épinards, les betteraves, la rhubarbe, les bettes à carde, et les amandes, par exemple, sont riches en oxalates [iv]. Bien que nutritifs, ces aliments peuvent favoriser la formation de calculs chez les personnes sujettes aux calculs d’oxalate de calcium lorsque consommés en grande quantité. Une consommation importante de protéines animales — comme la viande rouge, la volaille, les œufs, et les fruits de mer — peut augmenter le taux d’acide urique et réduire celui de citrate, un inhibiteur naturel de la formation de calculs dans l’urine. Le sel est un autre facteur important : une consommation excessive de sodium peut inciter les reins à libérer davantage de calcium dans l’urine, ce qui peut accroitre le risque de calculs rénaux à base de calcium [v]. L’Association canadienne d’urologie recommande aux personnes sujettes aux calculs rénaux récurrents de limiter leur consommation de sodium à environ 1500 mg par jour, si possible, et de ne pas dépasser 2300 mg par jour [vi]. Cela représente environ deux tiers à une cuillerée à thé de sel de table, provenant de tous les aliments, et non pas seulement de la salière.

D’autres facteurs peuvent également augmenter le risque, notamment les antécédents familiaux, un poids corporel plus élevé, le diabète de type 2, le syndrome métabolique, les maladies inflammatoires de l’intestin, la diarrhée chronique, le pontage gastrique, la malabsorption, et certains médicaments.

Comment faire pencher la balance en votre faveur

La première étape — et la plus importante — est l’hydratation. Boire suffisamment d’eau permet de diluer l’urine, ce qui réduit le risque que les minéraux s’agglutinent et forment des cristaux. Un signe pratique est une urine jaune pâle tout au long de la journée. Les personnes qui transpirent abondamment, font de l’exercice à l’extérieur, ou passent du temps à la chaleur peuvent avoir besoin de boire davantage que d’habitude.

Les boissons riches en citrate peuvent également être utiles. Ajouter du citron ou de la lime à l’eau apporte du citrate, un composé naturel qui favorise la solubilité de certains minéraux dans l’urine [vii]. Il ne s’agit pas pour autant de consommer une limonade trop sucrée; ajouter des agrumes à l’eau peut être une habitude simple et rafraichissante.

L’équilibre protéique est également important. Pour les personnes sujettes aux calculs rénaux, il peut être utile de modérer les portions importantes de protéines animales et d’inclure davantage de protéines végétales. Réduire sa consommation de sodium est une autre mesure essentielle. La majeure partie du sodium provenant des aliments transformés, des plats de restaurant, de la charcuterie, des soupes en conserve, des sauces, des biscuits apéritifs, et des aliments emballés, choisir des options à faible teneur en sodium peut faire une plus grande différence que de simplement ranger la salière.

Le calcium est souvent mal compris. Beaucoup pensent que les calculs rénaux calciques signifient qu’il faut éviter le calcium, mais un apport normal en calcium alimentaire peut en réalité contribuer à fixer l’oxalate dans le tube digestif et à réduire son absorption. Chez une personne sujette aux calculs d’oxalate de calcium, associer des aliments riches en oxalate à des aliments riches en calcium peut aider à réduire l’absorption de l’oxalate.

Où se situe la chanca piedra?

La chanca piedra, dont le nom signifie «casse-pierre» en espagnol, est une plante traditionnellement utilisée pour soulager les troubles urinaires et les calculs rénaux. Aujourd’hui, c’est l’une des plantes les plus connues dans ce domaine, et elle entre souvent dans la composition de formules naturelles contre les calculs rénaux.

Des recherches récentes suggèrent que Phyllanthus niruri, la plante communément appelée chanca piedra, pourrait agir sur plusieurs étapes de la formation des calculs rénaux. Parmi les mécanismes proposés figurent la réduction de la cristallisation de l’oxalate de calcium, la diminution de l’agrégation des cristaux, la modification de la structure et de la densité cristallines, le maintien de l’équilibre minéral urinaire, et l’amélioration du flux urinaire grâce à une légère activité diurétique.

Les données chez l’humain sont prometteuses, mais encore limitées. Une étude clinique publiée en 2018 et menée auprès de 56 personnes souffrant de calculs rénaux de moins de 10 mm a révélé qu’une supplémentation de 12 semaines en Phyllanthus niruri était associée à une réduction des taux d’oxalate et d’acide urique dans les urines chez certains participants, ainsi qu’à une amélioration des paramètres des calculs [viii].

Une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2020 ont montré que P. niruri était associé à une réduction de la taille moyenne et du nombre de calculs urinaires par rapport à un placébo ou à l’absence de traitement. Cependant, seules deux études répondaient aux critères d’inclusion, ce qui limite le nombre de preuves [ix]. Une revue plus récente (2025) décrit également P. niruri comme un traitement botanique prometteur dans la prise en charge des calculs urinaires, notamment en complément des approches conventionnelles, tout en soulignant la nécessité de preuves cliniques plus solides [x].

En d’autres termes, la chanca piedra ne doit pas se substituer à un suivi médical, surtout en cas de douleurs intenses, de fièvre, de sang dans les urines, de vomissements, ou de difficultés à uriner. Cependant, pour les personnes recherchant une solution naturelle contre les calculs rénaux, c’est un supplément intéressant à envisager en parallèle d’une bonne hydratation, de modifications alimentaires, et des conseils d’un praticien de soins de santé.

À retenir

Même lorsqu’ils sont petits, les calculs rénaux peuvent causer un inconfort important. Heureusement, de nombreuses habitudes quotidiennes peuvent contribuer à un meilleur équilibre urinaire : boire plus d’eau, réduire sa consommation de sodium, modérer sa consommation de protéines animales, limiter sa consommation d’aliments riches en oxalate, et ajouter des agrumes riches en citrate à son eau. Pour un soutien supplémentaire en cas de calculs rénaux, la chanca piedra se distingue comme une plante traditionnelle qui suscite un intérêt scientifique croissant. Associée à des choix de vie judicieux, elle offre une solution naturelle pour favoriser le bienêtre des voies urinaires et vous permettre de profiter pleinement de l’été.

Annick Moffatt, ND

Avec plus de 20 ans d’expérience dans le milieu de la santé, tout d’abord en psychologie, ensuite en tant que docteure en naturopathie, elle apporte une approche globale face aux problèmes de la santé.


 


Références

[i]         Ordon, M., et autres. « Incidence and trends in the treatment of kidney stones in Canada: A population-based cohort study. » Canadian Urological Association Journal, Vol. 18, Nº 6 (2024): 158–164.

[ii]        National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Definition & facts for kidney stones. https://www.niddk.nih.gov/health-information/urologic-diseases/kidney-stones/definition-facts. 201705.

[iii]        Ferraro, P.M., et autres. « Soda and other beverages and the risk of kidney stones. » Clinical Journal of the American Society of Nephrology, Vol. 8, Nº 8 (2013): 1389–1395.

[v]        National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Eating, diet, & nutrition for kidney stones. https://www.niddk.nih.gov/health-information/urologic-diseases/kidney-stones/eating-diet-nutrition. 201705.

[vi]       Bhojani, N., et autres. « UPDATE – Canadian Urological Association guideline: Evaluation and medical management of kidney stones. » Canadian Urological Association Journal, Vol. 16, Nº 6 (2022): 175–188.

[vii]       Ferraro et autres, op. cit.

[viii]      Pucci, N.D., et autres. « Effect of Phyllanthus niruri on metabolic parameters of patients with kidney stone: A perspective for disease prevention. » International Brazilian Journal of Urology, Vol. 44, Nº 4 (2018): 758–764.

[ix]       Dhawan, S., et E.O. Olweny. « Phyllanthus niruri (stone breaker) herbal therapy for kidney stones; a systematic review and meta-analysis of clinical efficacy, and Google Trends analysis of public interest. » The Canadian Journal of Urology, Vol. 27, Nº 2 (2020): 10162–10166.

[x]        IreguiParra, J., et autres. « Phyllanthus niruri in the management of nephrolithiasis: A systematic review of the literature » [article en anglais et en espagnol]. Actas Urológicas Españolas (English Edition), Vol. 49, Nº 6 (2025): 501791.

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