Vieillir en santé : Oxymore ou opportunité ? Partie 3
Dans « Vieillir en santé », parties I et II (Fleurir, automne 2025 et hiver 2026), nous avons exploré l’effet du vieillissement sur nos systèmes musculaire, squ...
Vous avez peut-être entendu parler du collagène en faisant vos courses à la pharmacie ou au supermarché, ou encore par des personnes qui l’ont essayé pour ses nombreux bienfaits. C’est devenu un complément alimentaire très populaire pour de nombreuses raisons : la supplémentation en collagène peut favoriser une peau plus saine, un meilleur confort articulaire, et des effets antiâge. Comme pour toute intervention, certaines personnes peuvent constater une amélioration de leur santé, tandis que d’autres peuvent rester indifférentes et ne ressentir aucun changement. En effet, le collagène n’agit pas seul : sous la surface de la peau se trouve une équipe complexe et remarquable de protéines structurales appelée matrice extracellulaire (MEC), et l’élastine, l’un des plus proches alliés du collagène, fait partie de la MEC.
Si le collagène a amplement mérité sa place de structure de base de la peau, l’élastine est l’ingrédient essentiel qui confère aux tissus conjonctifs (peau, poumons, vaisseaux sanguins, et ligaments) leur élasticité et leur résilience. Comprendre la dynamique unique entre les deux peut aider à expliquer pourquoi les résultats varient avec la supplémentation et comment mieux soutenir la résilience de nos tissus conjonctifs [1], [2].
L’élastine est une protéine structurale spécialisée, très élastique, produite principalement par les fibroblastes et les cellules musculaires lisses. Le collagène assure la résistance et le soutien structurel, tandis que l’élastine confère élasticité et résilience (pensez rebond et flexibilité), permettant ainsi aux tissus de retrouver leur forme initiale [3], [4]. Ensemble, ils donnent fermeté et souplesse aux tissus comme notre peau.
Il existe d’autres différences importantes dans le métabolisme du collagène et de l’élastine. Notre corps peut renouveler continuellement la production de collagène, mais celle-ci diminue progressivement avec l’âge. En revanche, les fibres d’élastine se renouvèlent très lentement, ce qui les rend plus vulnérables aux dommages causés par des facteurs tels que les rayons UV, la pollution, le tabagisme, et le vieillissement. La diminution de ces deux substances peut expliquer pourquoi la peau perd de sa souplesse et de sa fermeté au fil du temps [5].
| Facteur | Effet sur l’élastine | Conseils à prendre en compte |
| Exposition aux UV | Accélère la dégradation (élastose solaire) | Utiliser de la crème solaire quotidiennement |
| Pollution | Favorise le stress oxydatif | Soins de la peau riches en antioxydants |
| Tabagisme | Réduit la synthèse d’élastine | Éviter ou arrêter de fumer |
| Vieillissement | Ralentit la production naturelle | Adopter une alimentation riche en nutriments |
| Carence en nutriments | Limite la réticulation et la réparation | Assurer un apport suffisant en vitamine A, en cuivre, et en zinc |
| Perte de collagène | Affaiblit la matrice environnante | Associer le soutien du collagène aux soins de l’élastine |

L’élastine confère la flexibilité qui permet à la peau et aux autres tissus de s’étirer et de reprendre leur forme initiale (pensez à des actions comme sourire et froncer les sourcils). Dans les systèmes cardiovasculaire et respiratoire, l’élastine permet également aux tissus de se détendre et de se contracter sans subir de dommages, tout en réduisant la charge de travail du cœur et des vaisseaux sanguins [6], [7], [8].
On connait au moins 29 types de collagène. Les types I et III sont les plus abondants dans la peau, mais ils servent également de soutien structurel aux cellules musculaires et jouent un rôle important dans la fonction cardiaque. Les types I, II et III sont les collagènes les plus répandus ; ils coexistent dans la matrice extracellulaire (MEC). Le rapport collagène/élastine varie selon le type de tissu. L’élastine est généralement plus abondante dans la peau et les vaisseaux sanguins, tandis que les tendons et les os contiennent principalement du collagène [9], [10].

La supplémentation en collagène peut améliorer la santé de la peau, des os, etc., et contribuer au bon fonctionnement de plusieurs structures importantes de l’organisme (ongles, cornée, peau, etc.). La plupart des suppléments de collagène étudiés et utilisés en pratique sont sous forme d’hydrolysat, d’origine marine, bovine, ou porcine. Ces suppléments contiennent également des peptides ou des acides aminés dérivés exclusivement du collagène, et non de l’élastine [11].
La supplémentation ou le remplacement de l’élastine représente un défi biologique important, car les fibres d’élastine se régénèrent lentement et sont volumineuses et difficiles à absorber sous une forme fonctionnelle [12], [13]. Il semble que le réapprovisionnement en élastine repose sur la stimulation de la synthèse endogène d’élastine et de la production de tropoélastine par l’organisme, grâce à des dérivés de la vitamine A, au cuivre, et au zinc [14].
| Type de collagène | Fonction principale | Où on le trouve dans le corps | Sources alimentaires courantes ou suppléments alimentaires |
| Type I | Fournit structure, solidité, et fermeté | Peau, os, tendons, ligaments, cornée | Collagène marin, peau bovine, membrane d’œuf, peau de poisson |
| Type II | Amortit les articulations et soutient le cartilage | Cartilage, yeux, disques intervertébraux | Cartilage de poulet, bouillon d’os, suppléments de collagène de type II |
| Type III | Favorise l’élasticité de la peau, des muscles, et des vaisseaux sanguins | Peau, muscles, vaisseaux sanguins, organes internes | Collagène bovin, collagène de poisson, abats |
| Type IV | Forme la membrane basale soutenant les cellules | Couches entre la peau et les organes, reins | Limité dans l’alimentation ; synthétisé en interne avec de la vitamine C, du zinc, et du cuivre |
| Type V | Soutient les surfaces cellulaires, les cheveux, et le placenta | Placenta, cornée, et matrice pilaire | Des traces dans la membrane d’œuf, mélanges de collagène multitypes |
Cependant, des données récentes mettent en évidence les bienfaits des peptides d’élastine ingérés par voie orale. Dans une étude, une supplémentation de 12 semaines a entrainé une amélioration significative de la profondeur et du volume des rides, ainsi qu’une hydratation accrue et une réduction du taux de mélanine, sans effets indésirables rapportés [15]. Un autre essai clinique, utilisant une boisson au collagène enrichie en peptides d’élastine, a rapporté une amélioration mesurable de l’hydratation cutanée, de l’élasticité, de la densité du collagène dermique, de la taille des pores, et de plusieurs paramètres liés aux rides [16]. Il est intéressant de noter que certains peptides de collagène pourraient même favoriser indirectement le métabolisme de l’élastine en stimulant l’activité des fibroblastes [17]. L’utilisation de produits topiques est également à l’étude. Les peptides mimant la tropoélastine (traitements à base de tropoélastine humaine recombinante), les rétinoïdes, et les extraits de plantes — comme celui de Centella asiatica — peuvent favoriser la synthèse de l’élastine ou ralentir la dégradation des fibres d’élastine [18], [19]. Une protection solaire quotidienne demeure une stratégie efficace pour préserver l’élastine, car une exposition chronique aux UV altère le collagène et accélère la dégradation de l’élastine (phénomène appelé élastose solaire) [20].
Préserver et favoriser la santé du collagène et de l’élastine nécessite une approche globale.
La supplémentation en collagène semble également être une solution accessible pour soulager les problèmes structurels (peau, articulations, etc.). Pour obtenir les meilleurs résultats, il est essentiel de prendre en compte le contexte global. Tout comme pour l’élastine, il est important de diversifier vos options de soins et de reconnaitre la résilience dont votre corps a fait preuve face aux problèmes de santé rencontrés.

Kim est docteure en naturopathie et doula à Toronto, en Ontario. Elle porte un intérêt particulier pour la fertilité et la santé reproductive. Elle aide les gens en facilitant leurs plans de gestion de la santé, en les connectant à des solutions de santé intégratives fondées sur des données probantes, et en les aidant à s’épanouir
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[1] Baumann, L., et autres. « Clinical relevance of elastin in the structure and function of skin. » Aesthetic Surgery Journal. Open Forum, Vol. 3, Nº 3 (2021): ojab019. https://doi.org/10.1093/asjof/ojab019
[2] H. Trębacz et A. Barzycka. « Mechanical properties and functions of elastin: An overview. » Biomolecules, Vol. 13, Nº 3 (2023): 574. https://doi.org/10.3390/biom13030574
[3] Baumann et autres, op. cit.
[4] Trębacz et Barzycka, op. cit.
[5] Baumann et autres, op. cit.
[6] Baumann et autres, op. cit.
[7] Cocciolone, A.J., et autres. « Elastin, arterial mechanics, and cardiovascular disease. » American Journal of Physiology. Heart and Circulatory Physiology, Vol. 315, N° 2 (2018): H189–H205. https://doi.org/10.1152/ajpheart.00087.2018
[8] Mecham, R.P. « Elastin in lung development and disease pathogenesis. » Matrix Biology, Vol. 73 (2018): 6–20. https://doi.org/10.1016/j.matbio.2018.01.005
[9] Shenoy, M., et autres. « Collagen structure, synthesis, and its applications: A systematic review. » Cureus, Vol. 14, Nº 5 (2022): e24856. https://doi.org/10.7759/cureus.24856
[10] Singh, D., V. Rai, et D.K. Agrawal. « Regulation of collagen I and collagen III in tissue injury and regeneration. » Cardiology and Cardiovascular Medicine, Vol. 7, Nº 1 (2023): 5–16. https://doi.org/10.26502/fccm.92920302
[11] Shenoy et autres, op. cit.
[12] Baumann et autres, op. cit.
[13] Wu, K., et autres. « An artificially designed elastin-like recombinant polypeptide improves aging skin. » American Journal of Translational Research, Vol. 14, Nº 12 (2022): 8562–8571.
[14] Baumann et autres, op. cit.
[15] Seong, S.H., et autres. « Oral consumption of Bonito fish‐derived elastin peptide (VGPG Elastin®) improves biophysical properties in aging skin: A randomized, double‐blinded, placebo‐controlled study. » Skin Research & Technology, Vol. 30, Nº 3 (2024): e13634. https://doi.org/10.1111/srt.13634
[16] Lu, S., et autres. « Anti-skin aging effects and bioavailability of collagen tripeptide and elastin peptide formulations in young and middle-aged women. » Journal of Dermatologic Science and Cosmetic Technology, Vol. 1, Nº 2 (2024): 100019. https://doi.org/10.1016/j.jdsct.2024.100019
[17] Dierckx, S., et autres. « Collagen peptides affect collagen synthesis and the expression of collagen, elastin, and versican genes in cultured human dermal fibroblasts. » Frontiers in Medicine: Dermatology, Vol. 11 (2024): 1397517. https://doi.org/10.3389/fmed.2024.1397517
[18] Baumann et autres, op. cit.
[19] Boira, C., et autres. « The natural Centella asiatica extract acts as a stretch mark eraser: A biological evaluation. » Cosmetics, Vol. 11, Nº 1 (2024): 15. https://doi.org/10.3390/cosmetics11010015
[20] Baumann et autres, op. cit.