Digestion 101
Digestion 101
Quand on parle de zinc, on pense souvent au soutien du système immunitaire ; à une cicatrisation plus rapide ; à la santé des cheveux, de la peau, et des ongles ; voire à la production de testostérone. Mais la ʟ‑carnosine de zinc n’est pas un supplément de zinc ordinaire. Il s’agit d’une forme de zinc bien différente, avec une application clinique beaucoup plus ciblée : la protection et la réparation de la muqueuse du tube digestif [1].
La ʟ‑carnosine de zinc, également appelée polaprézinc, est un composé chélaté formé de zinc et de ʟ‑carnosine dans un complexe 1:1. Contrairement aux sels de zinc classiques, comme le gluconate ou le citrate de zinc, cette forme est conçue pour rester stable dans l’estomac, ce qui peut renforcer ses effets locaux [2].
Le zinc et la carnosine adhèrent tous deux aux tissus muqueux endommagés, délivrant le zinc directement là où il est nécessaire. Cette « diffusion ciblée » est ce qui la distingue des autres formes. Au lieu d’être digérée, absorbée, et diffusée dans tout l’organisme, la ʟ‑carnosine de zinc adhère à la muqueuse intestinale et reste en contact avec elle, notamment au niveau des zones irritées ou lésées [3]. La ʟ‑carnosine de zinc n’est ni un antisécrétoire, ni un antiacide, et elle n’interfère pas avec la muqueuse gastrique [4].

Votre tube digestif n’est pas qu’un simple conduit pour digérer les aliments ; c’est aussi une barrière protectrice. La muqueuse de l’estomac et des intestins contribue à contrôler ce qui est absorbé par l’organisme et ce qui reste à l’extérieur, notamment les bactéries et les endotoxines [5].
Lorsque cette muqueuse est irritée ou endommagée, cela peut entrainer des symptômes tels que :
Dans les cas les plus graves, les lésions de cette muqueuse peuvent contribuer à l’apparition d’ulcères ou à une perméabilité intestinale accrue, souvent appelée « syndrome de l’intestin perméable ». C’est là que la ʟ‑carnosine de zinc se distingue : elle ne se contente pas de masquer les symptômes, mais contribue aussi à soutenir le processus naturel de réparation de l’organisme.

La ʟ‑carnosine de zinc agit de plusieurs façons pour protéger et restaurer le tube digestif. Une fois fixée à la muqueuse endommagée, elle contribue à stabiliser la paroi intestinale et à la protéger des dommages oxydatifs. Plus précisément, elle aide à neutraliser les radicaux superoxyde et hydroxyle et augmente l’expression des enzymes antioxydantes, contribuant ainsi à protéger les cellules des dommages oxydatifs. Et ce, tout en aidant à protéger la barrière de la muqueuse gastrique, sans supprimer la sécrétion naturelle d’acide dans l’estomac [6]. En neutralisant les radicaux libres, la ʟ‑carnosine de zinc réduit les lésions de l’épithélium du tube digestif.
La plupart des recherches sur la ʟ‑carnosine de zinc proviennent du Japon, où elle est utilisée comme traitement sur ordonnance des ulcères gastriques. Les essais cliniques montrent une amélioration du taux de cicatrisation et une réduction des symptômes par rapport au placébo [7]. Une étude des ulcères gastriques induits par l’alcool chez le rat a confirmé qu’un prétraitement à la ʟ‑carnosine de zinc entrainait une diminution significative des indices d’ulcère, proportionnelle à la dose. L’expression des messagers chimiques inflammatoires dans la muqueuse gastrique était également significativement réduite par la ʟ‑carnosine de zinc, de façon proportionnelle à la dose [8].
Helicobacter pylori est une bactérie qui peut infecter la muqueuse de l’estomac et provoquer des ulcères gastriques. Un essai clinique randomisé a comparé un traitement de 14 jours par trithérapie (amoxicilline 1 g deux fois par jour, clarithromycine 500 mg, et oméprazole 20 mg) avec ou sans ʟ‑carnosine de zinc (150 mg deux fois par jour). Les auteurs ont observé un taux d’éradication d’H. pylori significativement plus élevé dans le groupe recevant la ʟ‑carnosine de zinc en plus de la trithérapie que dans le groupe recevant la trithérapie seule [9].
La prise d’antiinflammatoires non stéroïdiens (AINS), l’exercice physique intense ou prolongé, et l’hyperthermie ont tous été associés à une altération des jonctions serrées intestinales, pouvant contribuer à une perméabilité intestinale accrue. Une étude a montré qu’un traitement à base de ʟ‑carnosine de zinc prévenait l’augmentation de la perméabilité intestinale normalement induite par l’AINS indométacine [10]. Dans une autre étude, la ʟ‑carnosine de zinc a permis de réduire d’environ 70 % la perméabilité intestinale induite par l’exercice, probablement en stimulant l’expression des protéines de choc thermique et en contribuant au maintien de l’intégrité des jonctions serrées intestinales [11].
Les recherches préliminaires semblent prometteuses quant à l’utilisation de la ʟ‑carnosine de zinc dans le traitement de la maladie hémorroïdaire. Un essai clinique multicentrique, ouvert, et non contrôlé a évalué l’efficacité de la ʟ‑carnosine de zinc pour soulager les symptômes de la maladie hémorroïdaire. Dès la deuxième semaine, les patients traités à la ʟ‑carnosine de zinc ont présenté une réduction marquée de la fréquence des saignements, de l’intensité de la douleur, et de la gravité globale des symptômes, mesurée par le score des symptômes de la maladie hémorroïdaire. Cette réponse positive s’est maintenue lors de l’évaluation de suivi après quatre semaines [12].

Globalement, la ʟ‑carnosine de zinc est un composé qui agit localement et directement sur la muqueuse endommagée, par le biais de multiples voies antiinflammatoires et antioxydantes, présentant des effets systémiques négligeables aux doses thérapeutiques habituelles [13].
Elle est généralement bien tolérée aux doses habituelles (souvent environ 75 mg deux fois par jour du composé, et non de zinc élémentaire). Cela dit, il est toujours préférable de consulter un praticien de soins de santé qualifié avant d’intégrer un nouveau supplément à sa routine.
La ʟ‑carnosine de zinc se situe à l’intersection de la nutrition et de la pharmacologie.
Il ne s’agit pas seulement de corriger une carence, mais aussi d’apporter un soutien ciblé à la muqueuse intestinale, de favoriser sa réparation, de réduire l’inflammation, et de renforcer l’une des barrières les plus essentielles de l’organisme.
Pour les personnes souffrant d’irritation digestive chronique, de lésions intestinales induites par des médicaments ou l’exercice, ou d’une intégrité muqueuse altérée, la ʟ‑carnosine de zinc offre une option cliniquement soutenue et axée sur le mécanisme qui va bien au-delà de ce que la plupart des gens associent au « zinc ».

Colleen Hartwick est docteure en naturopathie enregistrée pratiquant au nord de l’ile de Vancouver, et elle porte un intérêt spécifique aux traumatismes et à leurs rôles dans les maladies.
campbellrivernaturopathic.com
[1] K. Efthymakis et M. Neri. « The role of zinc ʟ‑carnosine in the prevention and treatment of gastrointestinal mucosal disease in humans: A review. » Clinics and Research in Hepatology and Gastroenterology, Vol. 46, Nº 7 (2022): 101954.
[2] Ibid.
[3] T. Matsukura et H. Tanaka. « Applicability of zinc complex of ʟ‑carnosine for medical use. » Biochemistry, Vol. 65, Nº 7 (2000): 817–823.
[4] Efthymakis et Neri, op. cit.
[5] G. Davison, et autres. « Zinc carnosine works with bovine colostrum in truncating heavy exercise–induced increase in gut permeability in healthy volunteers. » The American Journal of Clinical Nutrition, Vol. 104, Nº 2 (2016): 526–536.
[6] Efthymakis et Neri, op. cit.
[7] Matsukura et Tanaka, op. cit.
[8] Efthymakis et Neri, op. cit.
[9] A. Miyoshi, et autres. « Clinical evaluation of Z‑103 on gastric ulcer—A multicenter double-blind comparative study with cetraxate hydrochloride. » Japanese Pharmacology & Therapeutics, Vol. 20, Nº 1 (1992): 199–223.
[10] A. Mahmood, et autres. « Zinc carnosine, a health food supplement that stabilises small bowel integrity and stimulates gut repair processes. » Gut, Vol. 56, Nº 2 (2007): 168–175.
[11] Davison et al., op. cit.
[12] R. Pietroletti, et autres. « Efficacy and tolerability of a new formulation in rectal ointment based on Zn-ʟ‑Carnosine (Proctilor®) in the treatment of haemorrhoidal disease. » Frontiers in Surgery, Vol. 9 (2022): 818887.
[13] Efthymakis et Neri, op. cit.