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Aliments bio vs. conventionnels : Qu’est-ce que vous obtenez pour votre argent bio ?

Cet article est basé sur des réflexions tirées d’un discours donné par le Dr. Carlo Leifert (ci-dessus) à la Canadian Organic Growers Toronto Organic Consumer Conference 2017 « Biologique : Inspirer le changement ». Le Dr. Leifert a coordonné une équipe d’experts internationaux, impliquant 31 instituts universitaires et de recherche, pour étudier la qualité nutritive des aliments bio par rapport aux conventionnels. Il a révélé des niveaux de nutriments plus élevés dans les aliments bio et, dans certains cas, une teneur en plusieurs antioxydants clés jusqu’à 60 % plus élevée que dans les aliments de culture conventionnelle. Un lien vers l’étude publiée se trouve à la fin de l’article.

Les différences nutritionnelles sont l’une des raisons principales incitant les consommateurs à acheter des aliments bio. Réduire les pesticides, éviter les OGM, et les préoccupations environnementales sont également des facteurs importants, mais des études récentes ont mis à l’avant-scène la qualité nutritive de l’alimentation bio. Quelle est l’importance des méthodes de culture bio sur la qualité nutritive de la nourriture ? Existe-t-il une différence nutritionnelle entre les aliments bio et conventionnels ? C’est une question qui génère une grande controverse et beaucoup d’attention dans les médias. Bien que de nombreuses questions demeurent sans réponse sur le fonctionnement exact des nutriments et la façon dont ils nous bénéficient, les consommateurs, conscients de payer plus cher pour un produit bio, ont le droit d’espérer que le bio soit meilleur.

Le Dr. Carlo Leifert, professeur d’agriculture écologique à l’Université Newcastle, a assumé la tâche de coordonner une importante étude financée par l’UE qui a effectué une méta-analyse approfondie des données sur la composition nutritionnelle des aliments bio. L’étude a été menée en réponse à la recherche largement diffusée par la Food Standards Agency de la Grande-Bretagne, qui n’a pas recueilli toutes les données disponibles. Puisque les gros titres proclamaient « La nourriture bio n’est pas plus santé », Carlo et son équipe ont passé deux ans à accumuler les données de cette étude, et ont inclus des études supplémentaires qui avaient été omises. Ils ont analysé le travail de 343 études revues par les pairs, par rapport à seulement 46 utilisées dans l’étude précédente.

L’équipe a examiné une grande variété de différents types d’études, qui ont comparé les produits bio et non bio. Ils ont examiné les études qui ont comparé les aliments que les consommateurs achètent au magasin. Ils ont examiné les cultures et le bétail des fermes bio et non bio. Ils ont examiné des expériences contrôlées faites sur le terrain qui ont éliminé diverses influences environnementales : par exemple, comment la nourriture est cultivée, où elle est cultivée, et dans quel type de sol elle est cultivée. Vous pouvez voir à quel point il est difficile de comparer les diverses façons de produire de la nourriture, avec tant de variables en jeu. Par exemple, pour le bétail, des facteurs tels que la nourriture des animaux, leur race, etc., jouent tous un rôle.

En synthétisant toutes les données de ces études et en utilisant une analyse pondérée (une méthode qui augmente la validité et l’utilité des résultats), on a constaté que toutes les études présentaient les mêmes tendances : plus faibles résidus de pesticides, activité antioxydante accrue, et moins de résidus de cadmium dans les cultures bio.

La tendance générale était une activité antioxydante de près de 20 % supérieure en moyenne dans les cultures bio. Les antioxydants sont des composés qui rendent les plantes plus résistantes et sont importants pour notre propre système immunitaire. Les composés antioxydants individuels différaient selon le type de plante, mais les résultats démontrent les bienfaits du bio pour la santé. Des niveaux plus élevés d’antioxydants ont été associés à un risque réduit de certaines maladies chroniques et neurodégénératives, y compris certains cancers.

Quel est l’un des facteurs qui explique la différence en antioxydants ? Dans de longs essais menés sur le terrain à Nafterton, il a été démontré que le choix de fertilisation au fumier, non conventionnelle, a augmenté la qualité antioxydante des cultures. L’engrais d’azote classique réduisait les qualités antioxydantes des plantes.

L’emploi d’engrais conventionnels semble également expliquer les concentrations accrues de cadmium et de nickel dans les cultures non bio. Le cadmium est un contaminant naturel de certains gisements de phosphore. Dans cette étude, les engrais commerciaux à base de phosphore étaient associés à des niveaux élevés de cadmium dans les cultures, par rapport aux cultures bio utilisant du fumier comme fertilisant. Le cadmium est particulièrement préoccupant, car il s’accumule dans les reins et le foie, et il n’y a pas de niveau sécuritaire de ce contaminant toxique. D’autres études sont nécessaires pour identifier la différence réelle de concentration entre le bio et le non bio, mais le besoin est là, puisque des études indiquent qu’il serait de 10 à 100 fois plus élevé dans les aliments produits de manière conventionnelle.

Des études menées sur le lait bio ont révélé des preuves irréfutables de niveaux accrus d’acides gras oméga‑3, d’acides linoléiques conjugués, de vitamine E, etc., tous importants pour la santé. Le diabète, les maladies cardiaques, et le développement des tissus nerveux sont tous influencés par un manque d’acides gras oméga‑3.

Bien qu’il n’y ait pas beaucoup d’études sur la viande bio, des indices statistiquement significatifs démontrent que la viande bio contient plus d’acides gras oméga‑3 et de vitamine E, bien que moins d’iode, qui est ajouté comme minéral dans l’alimentation classique. L’iode est important pour le développement du cerveau et la fonction thyroïdienne ; la supplémentation en iode est nécessaire dans notre monde qui manque de cet élément nutritif, mais il existe un équilibre complexe entre en avoir trop et en avoir trop peu dans notre système. Dans le monde, on se préoccupe aussi d’obtenir trop d’iode dans la chaine alimentaire, et l’UE veut réduire la supplémentation en iode du bétail.

Une des raisons principales pour la concentration accrue en acides gras oméga‑3 est l’alimentation du bétail aux fourrages comme l’herbe, le trèfle, l’ensilage, et le foin. Les viandes nourries à l’herbe sont en général plus riches en acides gras oméga‑3, tant en culture conventionnelle que bio, mais la viande bio est légèrement plus riche. Cependant, dans le bœuf et l’agneau nourris au grain plutôt qu’au fourrage, il y a de grandes différences en acides gras oméga‑3, en particulier dans les acides gras à chaine longues qui manquent grandement à notre alimentation. Le fourrage frais est la clé ici.

Il ne fait aucun doute que cette étude offre des preuves convaincantes des bienfaits statistiquement significatifs du bio sur des nutriments tels que les acides gras oméga‑3, les antioxydants, etc., mais l’impact de ces différences sur la santé humaine est moins clair. À ce jour, peu d’études ont été effectuées sur les interventions alimentaires avec des aliments bio. Les variables à considérer peuvent être nombreuses et difficiles à cerner, et l’échéance de ces études peut être longue et couteuse ; cependant, il y a eu des recherches prometteuses…

Dès les années 1990, des chercheurs danois ont conclu que les spermatozoïdes étaient à la fois plus nombreux et plus actifs chez les hommes travaillant dans le secteur bio. Des études américaines subséquentes ont également lié des quantités faibles de spermatozoïdes avec l’emploi de pesticides. Sur la base de ce constat, le gouvernement danois a décidé de supprimer les pesticides perturbateurs du système endocrinien.

Une autre étude, menée plus récemment en Suède, a démontré que le risque d’allergie et d’exéma chez les enfants était moindre dans les familles suivant un mode de vie biodynamique, qui implique également de manger des aliments bio. C’est un exemple de la complexité des études alimentaires d’intervention. De nombreux facteurs pourraient être impliqués qui expliqueraient aussi le bienêtre dans un mode de vie biodynamique, dont la non utilisation d’antibiotiques, l’allaitement maternel plus long, et aucun vaccin RRO, par exemple. Mais il existe des liens prometteurs dans les études et la méta-analyse. Il a été démontré qu’un apport élevé en oméga‑3 entraine moins d’exéma chez les souris.

Même si les problèmes avec une étude alimentaire d’intervention sont des facteurs complexes et très difficiles à contrôler et à gérer, elle pourrait donner des résultats probants. Une étude française a démontré que ceux qui mangeaient des aliments bio étaient moins obèses ou en surpoids. L’étude était si vaste qu’elle pouvait ajuster les résultats pour tenir compte du style de vie, même si les consommateurs d’aliments bio ont tendance à avoir une meilleure alimentation et sont peut-être plus actifs. Pourtant, les résultats ont tout de même confirmé que le bio a eu un impact positif sur le poids. Sans doute qu’avec plus d’études comme celles-ci, les politiques de santé publique changeraient.

Des niveaux réduits de lymphome non Hodgkinien ont également été confirmés suite à la consommation d’aliments bio dans le cadre d’une étude menée sur sept ans. Une étude norvégienne menée auprès de femmes enceintes a démontré une réduction de la pré-éclampsie et de l’hypospadias chez les bébés garçons quand la mère a suivi un régime riche en légumes et produits laitiers bio. Et la liste continue…

Le fait est que beaucoup peut être fait pour améliorer la qualité de nos aliments, et les preuves s’accumulent. Le système de l’agriculture conventionnelle a connu une croissance dépendante des intrants qui sont nuisibles aux plantes, à l’environnement, et à notre santé. En outre, le système tel qu’il existe aujourd’hui est insoutenable dans son utilisation des ressources naturelles et ses dommages aux ressources existantes.

Convaincre un public sceptique et l’intérêt acquis du besoin de changer la façon dont nous cultivons la nourriture demandera d’autres études pour examiner le potentiel nutritionnel complet des aliments bio sur la santé. Cela exigera un engagement, du temps, et des ressources. En outre, les études de recherche qui sont nécessaires pour approuver de nouvelles méthodes agricoles et produits qui pourraient compromettre la qualité nutritionnelle des aliments devraient également être examinées avec rigueur, et en gardant la santé à l’esprit.

Le bio attire l’attention des gens intéressés par leur propre santé et celle de la planète. Que ce soient des niveaux accrus de substances bénéfiques pour la santé tels que les acides gras oméga‑3, un risque réduit de pesticides et d’OGM, ou une approche plus humaine de l’élevage, les systèmes de production bio haussent la barre pour l’agriculture en général.

Qui prendra ces décisions pour nous, et qui décidera des priorités, sont maintenant les questions cruciales. Des études approfondies comme cette méta-analyse encourageront un plus grand soutien du modèle bio, et nous pourrons encourager davantage les producteurs à la culture bio et les consommateurs à apprécier la valeur de leur dollar biologique.

L’étude complète (en anglais) par l’équipe du Dr. Leifert se trouve dans le British Journal of Nutrition au https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/higher-antioxidant-and-lower-cadmium-concentrations-and-lower-incidence-of-pesticide-residues-in-organically-grown-crops-a-systematic-literature-review-and-metaanalyses/33F09637EAE6C4ED119E0C4BFFE2D5B1