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Développement des sensibilités alimentaires

Sensibilités réelles ou non, et que faire en cas de sensibilité alimentaire
 

Il y a cent ans, l’idée d’être « sensible » à un aliment aurait paru absurde. Ne serait-ce qu’il y a dix ans, les termes « sans gluten » et « allergie aux produits laitiers » étaient rares, et la plupart des gens jugeaient sans savoir ce qu’ils signifiaient ou pourquoi c’était important. Aujourd’hui, la plupart des écoles sont des établissements sans noix, et des lois sont passées pour garantir une description claire de tous les ingrédients d’un produit sur l’emballage. Mais beaucoup de familles ont encore du mal à accepter l’idée d’exclure certains aliments de la table, et si vous avez une sensibilité alimentaire, vous savez à quel point il est stressant de participer à un repas de groupe. Qu’est-ce qui a déclenché ce développement des sensibilités aux aliments ? Notre alimentation a-t-elle changé si radicalement que nous ne pouvons plus la reconnaitre, ou notre corps est-il devenu plus sensible ? La réponse est peut-être une combinaison des deux, mais, étant donné que le génome humain est quasiment le même qu’il y a 2 000 ans, il est peu probable que ce soit dû à une mutation génétique.

D’innombrables livres présentent des points de vue différents sur la façon idéale de maintenir la santé du tube digestif. Des régimes ont été élaborés pour des maladies spécifiques, et si certaines personnes évitent toute leur vie un allergène alimentaire, d’autres pensent qu’éviter un allergène alimentaire aggrave la réponse immunitaire. Alors, comment décider de la meilleure marche à suivre pour gérer une sensibilité alimentaire et pour déterminer la différence entre les vraies réactions et les fausses ? Commençons par observer comment le système digestif et le système immunitaire sont interdépendants.

Le tube digestif a une anatomie complexe, qui nécessite que des conditions spécifiques soient
remplies pour une bonne digestion
et une bonne absorption des
nutriments. Les aliments arrivant
dans l’estomac doivent être dégradés
en particules élémentaires
pour pouvoir être absorbées par les espaces intercellulaires de la paroi de l’intestin et entrer dans la circulation sanguine [1].

Cette première étape peut être compliquée par la production
inadéquate d’enzymes digestives
et d’acide gastrique, et par le transit
rapide de l’estomac vers des
muscles hyperactifs. Dans le cas
d’une personne très stressée, qui
mange sur le pouce et ne mâche
pas correctement sa nourriture, les
gros morceaux d’aliments exigent
plus d’acide gastrique et une plus
grande activité enzymatique pour
être décomposés correctement.
Une quantité insuffisante d’acide gastrique et d’enzymes empêchera
la digestion de ces gros morceaux, et ils resteront dans le tube digestif et attireront de l’eau, provoquant des ballonnements. Si la paroi intestinale est endommagée par la prise d’antibiotiques, de drogues, ou d’alcool, ou encore par une infection, les interstices entre les cellules de l’intestin s’élargissent et permettent à des morceaux d’aliments non dégradés d’entrer directement dans la circulation sanguine.

Observons maintenant la réponse immunitaire à ce phénomène. Alors que le système immunitaire est habitué à voir des particules alimentaires plus petites dans le sang, les morceaux plus gros sont considérés comme étrangers, et une attaque se déclenche immédiatement. Des cellules immunitaires sont produites pour combattre ces aliments spécifiques, et parcourent tout le corps pour chercher d’autres particules étrangères à attaquer. Ceci peut provoquer une inflammation dans les muscles, les articulations, et la peau ; réduire l’attention et la concentration ; et consommer votre énergie : vous vous sentez alors nonchalant. Quant aux aliments présents dans le tube digestif et qui ne sont pas absorbés, l’eau et les bactéries s’y précipitent pour les fermenter et déclenchent l’apparition de symptômes comme les ballonnements et les gaz. Avec le temps, l’entrée répétée d’aliments incorrectement digérés crée une réponse immunitaire proportionnellement plus importante, ce qui peut entrainer exéma, acné, maux de tête, prise de poids, fatigue, et douleurs articulaires, voire dépression.

Comme les cellules immunitaires sont conçues pour identifier un élément spécifique d’un aliment, par exemple la protéine de gluten, une illusion de « sensibilité au gluten » se développe. C’est une tout autre histoire pour la maladie cœliaque, car les cellules immunitaires spécifiques au gluten sont délivrées génétiquement, et elles ne pourront jamais tolérer le gluten [2]. La bonne nouvelle pour les personnes qui ne souffrent pas de la maladie cœliaque est que se passer de gluten pendant quelques semaines et prendre quelques nutriments choisis peut permettre à la paroi digestive de colmater les espaces intercellulaires. De bonnes habitudes alimentaires — comme s’asseoir pour manger, bien mâcher, et ne pas dévorer les aliments — permettent au corps d’augmenter naturellement sa production d’enzymes digestives et d’acide gastrique. Avec du temps et des efforts, il est possible de surmonter une sensibilité alimentaire et d’apprécier à nouveau les aliments.

Maintenant que nous avons expliqué l’idée de base de la perméabilité intestinale et comment des « trous » dans la paroi intestinale peuvent générer des symptômes de sensibilité alimentaire, établissons la différence entre une vraie sensibilité et une fausse.

Les fausses sensibilités surviennent à cause d’une inflammation du tube digestif due à :

  • La production inadéquate d’acide gastrique ;
  • La production insuffisante d’enzymes digestives ;
  • La surconsommation d’aliments transformés et inflammatoires ; ou
  • Des lésions du tube digestif dues à des sources externes (drogues, alcool, antibiotiques, etc.).

Les vraies sensibilités surviennent quand ces autres facteurs ont été pris en compte, que l’intestin a été soigné, et que la personne continue à présenter un ensemble de symptômes après avoir consommé un aliment particulier.

Comment donc savoir si quelqu’un a une vraie sensibilité ou une fausse ? Les praticiens de soins de santé sont en mesure de déterminer le meilleur traitement en fonction de l’évaluation des patients et des informations collectées. Chaque praticien de soins de santé aborde la santé intestinale de manière légèrement différente, mais comme le système digestif est à la base de l’absorption de tous les nutriments, il est d’une importance capitale.

Test de sensibilité alimentaire : Ce test
est souvent effectué
par les docteurs en naturopathie ; il
consiste à prendre un échantillon de sang
pour le faire analyser
par un laboratoire spécialisé. Le sang
est testé avec une
série d’aliments et les résultats, sur une
échelle numérique et
de couleurs, indiquent l’importance de la réaction. La précision du test a été remise en question au fil des années, mais les gens trouvent généralement que c’est plus simple de supprimer une liste d’aliments sélectionnés de leur alimentation, et se sentent presque toujours mieux une fois ces aliments exclus.

Régime hypoallergénique : C’est un régime qui consiste à éviter les sensibilités alimentaires les plus courantes pendant au moins six semaines. C’est une solution pour les personnes qui ne veulent pas faire de test de sensibilité alimentaire ; alternativement, le régime peut être modifié en fonction des résultats du test. La beauté de ce régime est que la guérison de l’intestin commence et se poursuit tout au long des six semaines. En l’espace d’une semaine, les ballonnements et les gaz diminuent notablement, les niveaux d’énergie augmentent, et le sommeil s’améliore. La partie la plus importante du régime, et souvent la plus difficile, est la réintroduction d’aliments à la fin, qui consiste à ajouter un aliment à la fois et à surveiller les problèmes de santé et les symptômes associés. À la fin du processus, la personne repart avec une liste de ses vraies sensibilités, la connaissance des symptômes exacts causés par tel ou tel type d’aliments, un tube digestif guéri, et une bonne fonction digestive.

Tel que mentionné, la gestion d’une perméabilité intestinale (leaky gut en anglais) peut être différente suivant les praticiens de soins de santé, mais les produits parmi les plus recommandés sont :

Chlorhydrate de bétaïne : Pris pendant le régime hypoallergénique, pour augmenter la production d’acide gastrique et pour réactiver la transmission naturelle des signaux déclenchant la production naturelle d’acide gastrique.

Enzymes digestives : Prises avec les repas pendant le régime hypoallergénique, pour favoriser la décomposition des aliments et réinitialiser la transmission des signaux déclenchant la production d’enzymes digestives. La plupart des gens constatent une diminution des ballonnements et des gaz quelques jours après avoir commencé à prendre une enzyme digestive.

Glutamine : Cet acide aminé aide les cellules de l’intestin à se reconstruire. J’ai reçu des avis mitigés sur ce produit, et beaucoup de patients ne se sentent pas toujours mieux après l’ajout de glutamine à leur régime.

EGCG (extrait de thé vert) : Ce puissant antioxydant n’est pas toujours utilisé pour la santé du tube digestif, mais il stimule le métabolisme et régule l’équilibre entre les bonnes et les mauvaises bactéries intestinales. Bien que son action soit différente de celle d’un probiotique et qu’il ne devrait pas être utilisé comme substitut, c’est un complément adéquat pour rétablir un équilibre intestinal sain.

Probiotiques : Tel
que mentionné,
l’ajout de bonnes bactéries est essentiel pour rétablir l’équilibre
entre les bonnes et
les mauvaises
bactéries intestinales. Comme beaucoup d’éléments du système immunitaire résident dans le tube digestif et dans les bactéries qui
s’y trouvent, il est important de conserver un nombre adéquat de bons éléments.

Magnésium : Un oligoélément ayant plusieurs utilisations et actions dans tout le corps. Dans un contexte spécifique, nous considérons que le magnésium est bénéfique au système digestif et restaure la motilité intestinale. Le magnésium agit de manière similaire à un laxatif osmotique ; lorsque consommé en grande quantité, il attire l’eau dans les intestins et facilite l’évacuation. L’objectif de la guérison de l’intestin n’est pas de causer de la diarrhée, mais d’assurer une motilité régulière et d’éviter la constipation.

Il est évident que prendre tous ces produits peut être accablant pour un patient, et cela n’est souvent pas nécessaire. Trouvez la meilleure combinaison de produits pour chaque patient et dans le bon ordre, et assurez-vous que la santé soit conservée, tout en évitant le développement de nouvelles sensibilités.



Références

  1. Hagen, S., et autres. « Inflammation causes important changes in stomach tight junction structure and function. » The FASEB Journal, Vol. 26, N° 1 Supplement (2012): 1156.4-1156.4.
  2. Ciccocioppo, R., et al. « The immune recognition of gluten in coeliac disease. » Clinical & Experimental Immunology, Vol. 140, N° 3 (2005): 408–413.

 

 Dre Krysten DeSouza, ND

 Elle aspire à partager son savoir et son expérience avec ses
 patients afin qu'ils puissent prendre en main leur santé et
 trouver un soulagement à leurs maux.
 
 www.desouzanaturopathic.com