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Sous le microscope : l’histoire du Lactobacillus rhamnosus


Les nombreux rôles du microbiome continuent de mobiliser l’attention de la communauté scientifique. Chaque semaine, il semble qu’une autre découverte montre l’importance d’une flore intestinale saine et, par extension, le rôle possible de la supplémentation en probiotiques. Dans cet article, nous nous intéresserons à une bactérie particulière, Lactobacillus rhamnosus, qui s’est révélée prometteuse dans de nombreuses études scientifiques portant sur les problèmes de santé des femmes. L. rhamnosus est bénéfique pour bien des conditions de santé, y compris la santé vaginale, les voies urinaires, la santé pendant la grossesse, et la santé mentale.


Santé vaginale

Une profusion de données cliniques appuient l’utilisation de probiotiques appliqués par voie vaginale ou pris par voie orale dans le traitement des infections vaginales récidivantes, telles que la candidose vulvovaginale (CVV) et la vaginose bactérienne (VB) [1][2]. La récidive de VB après antibiothérapie varie de 30 à 40 %. Les espèces de lactobacilles acidifient l’environnement vaginal, ce qui rend plus difficile l’établissement d’espèces pathogènes. En outre, les espèces de Lactobacillus perturbent les biofilms microbiens, ce qui peut aider à lutter contre les poches d’infections chroniques ou récidivantes [3].

Dans une étude aléatoire à double insu et contrôlée contre placébo, 55 femmes chez lesquelles on a diagnostiqué une CVV par frottis vaginal et traité avec une dose unique de fluconazole (150 mg) ont reçu soit une supplémentation probiotique quotidienne, soit un placébo pendant quatre semaines [4]. Le probiotique contenait L. rhamnosus et L. reuteri. Après quatre semaines, le groupe probiotique présentait beaucoup moins de pertes vaginales et de symptômes associés, comparativement au placébo (10 % contre 35 %), et une présence plus faible de levure sur écouvillon (10 % contre 38 %).

Une autre étude aléatoire à double insu et contrôlée contre placébo a examiné 544 femmes diagnostiquées avec la VB, à qui a été administré quotidiennement un probiotique oral contenant L. rhamnosus ou un placébo pendant six semaines [5]. Lors du suivi à six semaines, 61 % des femmes du groupe ayant reçu le probiotique avaient reconstitué un microbiote vaginal normal, contre 27 % de celles ayant reçu le placébo.

Une autre étude a examiné, chez des femmes ménopausées, l’effet sur le score de Nugent d’un probiotique oral contenant L. rhamnosus [6]. Le score Nugent est un système de notation permettant de diagnostiquer la VB ; un score compris entre 7 et 10 indique une VB. Dans cette étude, les femmes avaient au départ un score moyen compris entre 4 et 6. Elles ont ensuite reçu des probiotiques ou un placébo pendant 14 jours. Après cette période, les résultats ont montré que les femmes ayant reçu les probiotiques ont vu leur score diminuer de trois points en moyenne, contre aucun changement dans le groupe ayant reçu le placébo.

L’utilisation d’une supplémentation en probiotiques en plus de l’antibiothérapie pour la VB a entrainé un taux de guérison plus élevé : 87 % contre 50 % [7].


       


Infection urinaire

Les probiotiques à base de Lactobacillus peuvent être utiles dans la prévention des infections urinaires (IU) récidivantes, ainsi que dans le repeuplement de la flore intestinale après une antibiothérapie. Une méta-analyse récente résume les données de neuf essais cliniques impliquant 726 femmes. L’examen a révélé que même s’il y avait une variation des souches bactériennes et des voies d’administration utilisées (vaginales ou orales), « elles présentaient une efficacité variable dans la prévention des infections urinaires récidivantes » [8]. Parmi toutes les études révisées, le risque de développer « au moins un épisode récurrent d’IU pendant toute la durée de l’étude était de 0,684 (IC à 95 % : 0,438 à 0,929, p <0,001) » [8] ; cela indique un effet significatif des probiotiques dans la réduction du risque d’IU récidivante. En l’occurrence, L. rhamnosus et L. reuteri étaient les probiotiques les plus fréquemment utilisés.

Un essai pilote mené en Europe a examiné l’efficacité d’une approche combinée dans la prévention des IU récidivantes [9]. Au total, 42 femmes atteintes d’une IU récidivante ont été enrôlées et ont reçu des instructions pour prendre de la canneberge (120 mg contenant 32 mg de proanthocyanidines), avec L. rhamnosus (1 milliard d’UFC) et de la vitamine C (750 mg) trois fois par jour pendant 20 jours. Après 10 jours d’arrêt, on leur a demandé de répéter le cycle de supplémentation, puis encore une fois pour réaliser trois cycles au total. Après trois mois, 72 % des femmes ont été classées dans la catégorie des « réactives », car n’ayant pas développé d’IU pendant cette période. À six mois, 61 % des femmes répondaient positivement. Les chercheurs ont conclu que cette approche pouvait représenter une « option sure et efficace » pour prévenir les IU récidivantes.


        


Grossesse

Des études récentes suggèrent qu’une supplémentation en probiotiques L. rhamnosus en début de grossesse pourrait diminuer l’incidence du diabète sucré gestationnel (DSG) [10][11]. La prévention du DSG est cruciale parce qu’il augmente le risque de prééclampsie, de fausse couche, de naissance prématurée, de macrosomie (taille corporelle importante du nourrisson, accouchement compliqué), d’induction de l’accouchement, et d’accouchement par césarienne [10]. Plus tard dans la vie, le DSG augmente le risque d’obésité chez la mère et chez l’enfant, ainsi que le risque de diabète de type 2.

Dans un essai aléatoire à double insu et contrôlé contre placébo, 423 femmes enceintes de 14 à 16 semaines ont été réparties au hasard pour prendre chaque jour L. rhamnosus (6 milliards d’UFC) ou un placébo [10]. Les résultats ont montré une tendance générale à la baisse du taux de DSG dans le groupe ayant reçu L. rhamnosus. Plus important encore, L. rhamnosus était associé à un taux significativement plus faible de DSG chez les femmes âgées de 35 ans et plus et chez celles ayant des antécédents de DSG.

Une étude finlandaise menée auprès de 256 femmes a montré qu’une supplémentation avec un probiotique contenant L. rhamnosus a entrainé une diminution supplémentaire du DSG lorsque associé à un conseil diététique [11]. L’essai aléatoire a révélé que le taux de DSG était de 13 % chez les femmes recevant des conseils diététiques et des probiotiques, de 36 % chez les femmes recevant des conseils diététiques et un placébo, et de 34 % chez les femmes ne recevant ni l’un ni l’autre.

On pense que le microbiote intestinal influence le métabolisme du glucose (sucre). Le microbiote intestinal est « profondément altéré au cours des trois trimestres de la grossesse », durant lesquels il devient moins diversifié, et les femmes atteintes de diabète gestationnel présentent la plus faible diversité bactérienne vaginale [10]. Des auteurs ont suggéré que la supplémentation en L. rhamnosus « altère la composition et la fonction du microbiote intestinal en faveur d’une amélioration de la sensibilité à l’insuline et de l’inflammation » [10], entraînant ainsi une diminution du diabète.

En plus de la régulation de la glycémie, certaines données appuient l’utilisation de suppléments probiotiques de L. rhamnosus chez les femmes présentant une colonisation vaginale ou rectale de streptocoque du groupe B (SGB) pendant la grossesse [12]. Au Canada, les résultats positifs au test de dépistage du SGB pendant la grossesse entrainent généralement une antibiothérapie intraveineuse au cours de l’accouchement, afin de prévenir la transmission au nourrisson de la bactérie SGB.

Un essai aléatoire contrôlé contre placébo a évalué 110 femmes testées positives au SGB à 35–37 semaines de gestation, en leur attribuant par voie orale jusqu’à l’accouchement soit un probiotique contenant L. rhamnosus et L. reuteri, soit un placébo [12]. Toutes ces femmes ont été testées à nouveau lors de l’admission pour l’accouchement, pour évaluer la colonisation vaginale et rectale du SGB. Les résultats ont montré que la colonisation du SGB a été enrayée chez 21 femmes ayant reçu des probiotiques (42,9 %), contre neuf femmes ayant reçu le placébo (18,0 %). Les chercheurs ont donc conclu que « les probiotiques oraux contenant L. rhamnosus GR‑1 et L. reuteri RC‑14 peuvent réduire le taux de colonisation vaginale et rectale du SGB chez la femme enceinte » [12].

Un autre essai aléatoire portant sur 60 femmes enceintes a montré qu’une supplémentation hebdomadaire pendant 12 semaines avec un probiotique contenant L. rhamnosus, cette fois-ci en suppositoire vaginal, a réduit le développement d’une microflore vaginale anormale selon le test d’odeur par rapport au groupe contrôle, ainsi que les paramètres associés au risque de naissance prématurée, tels que la longueur et la dilatation du col utérin ou la position inférieure du fœtus [13].

De nombreuses études cliniques ont également démontré des effets positifs de la supplémentation en probiotiques par la mère pendant et après la grossesse sur le développement immunitaire du nourrisson [14] ; cependant, une discussion détaillée sur ce sujet dépasse le cadre de cet article.


      


Santé mentale

Un récent essai aléatoire à double insu et contrôlé contre placébo a évalué des femmes enceintes ayant reçu le probiotique L. rhamnosus entre 14 et 16 semaines de gestation et jusqu’à six mois après l’accouchement [15]. Cette étude a révélé que l’incidence de la dépression postpartum et de l’anxiété chez les femmes ayant reçu le probiotique était significativement inférieure que chez celles ayant reçu le placébo. L’effet des probiotiques sur la santé mentale est un domaine de recherche émergeant, et cette étude semble au moins motiver leur utilisation. Dans l’ensemble, compte tenu de leurs nombreux bienfaits et de l’absence de réactions majeures, les probiotiques semblent constituer une stratégie utile pour favoriser la santé des femmes..


Références

  1. Parma, M., et al. “Probiotics in the prevention of recurrences of bacterial vaginosis.” Alternative Therapies in Health and Medicine, Vol. 20, Suppl. 1 (2014): 52–57.
  2. Kovachev, S.M., and R.S. Vatcheva-Dobrevska. “Local probiotic therapy for vaginal Candida albicans infections.” Probiotics and Antimicrobial Proteins, Vol. 7, No. 1 (2015): 38–44.
  3. McMillan, A., et al. “Disruption of urogenital biofilms by lactobacilli.” Colloids and Surfaces. B, Biointerfaces, Vol. 86, No. 1 (2011): 58–64.
  4. Martinez, R.C., et al. “Improved treatment of vulvovaginal candidiasis with fluconazole plus probiotic Lactobacillus rhamnosus GR‑1 and Lactobacillus reuteri RC‑14.” Letters in Applied Microbiology, Vol. 48, No. 3 (2009): 269–274.
  5. Vujic, G., et al. “Efficacy of orally applied probiotic capsules for bacterial vaginosis and other vaginal infections: A double-blind, randomized, placebo-controlled study.” European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology, Vol. 168, No. 1 (2013): 75–79.
  6. Petricevic, L., et al. “Randomized, double-blind, placebo-controlled study of oral lactobacilli to improve the vaginal flora of postmenopausal women.” European Journal of Obstetrics, Gynecology, and Reproductive Biology, Vol. 141, No. 1 (2008): 54–57.
  7. Martinez, R.C., et al. “Improved cure of bacterial vaginosis with single dose of tinidazole (2 g), Lactobacillus rhamnosus GR‑1, and Lactobacillus reuteri RC‑14: A randomized, double-blind, placebo-controlled trial.” Canadian Journal of Microbiology, Vol. 55, No. 2 (2009): 133–138.
  8. Ng, Q.X., et al. “Use of Lactobacillus spp. to prevent recurrent urinary tract infections in females.” Medical Hypotheses, Vol. 114 (2018): 49–54.
  9. Montorsi, F., et al. “Effectiveness of a combination of cranberries, Lactobacillus rhamnosus, and vitamin C for the management of recurrent urinary tract infections in women: Results of a pilot study.” European Urology, Vol. 70, No. 6 (2016): 912–915.
  10. Wickens, K.L., et al. “Early pregnancy probiotic supplementation with Lactobacillus rhamnosus HN001 may reduce the prevalence of gestational diabetes mellitus: A randomised controlled trial.” The British Journal of nutrition, Vol. 117, No. 6 (2017): 804–813.
  11. Luoto, R., et al. “Impact of maternal probiotic-supplemented dietary counselling on pregnancy outcome and prenatal and postnatal growth: A double-blind, placebo-controlled study.” The British Journal of nutrition, Vol. 103, No. 12 (2010): 1792–1799.
  12. Ho, M., et al. “Oral Lactobacillus rhamnosus GR‑1 and Lactobacillus reuteri RC‑14 to reduce group B streptococcus colonization in pregnant women: A randomized controlled trial.” Taiwanese Journal of Obstetrics & Gynecology, Vol. 55, No. 4 (2016): 515–518.
  13. Stojanović, N., D. Plećaš, and S. Plešinac. “Normal vaginal flora, disorders and application of probiotics in pregnancy.” Archives of Gynecology and Obstetrics, Vol. 286, No. 2 (2012): 325–332.
  14. Elazab, N., et al. “Probiotic administration in early life, atopy, and asthma: A meta-analysis of clinical trials.” Pediatrics, Vol. 132, No. 3 (2013): e666–e676.
  15. Slykerman, R.F., et al; Probiotic in Pregnancy Study Group. “Effect of Lactobacillus rhamnosus HN001 in pregnancy on postpartum symptoms of depression and anxiety: A randomised double-blind placebo-controlled trial.” EBioMedicine, Vol. 24 (2017): 159–165.

 

Dr Philip Rouchotas, MSc, ND

Naturopathe renommé dans la communauté, il est aussi professeur
associé et rédacteur-en-chef d'Integrated Healthcare Practitioners.





 

Dre Heidi Fritz, MA, ND

Practicienne de naturopathie depuis 2007, elle s'intéresse à la
santé des femmes et des enfants, à la douleur chronique, et
plus.