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Tout se passe dans la tête : Exploiter le nerf vague pour stimuler la santé physique

La connexion esprit-corps

Si vous avez déjà ressenti de l’effroi ou tremblé de peur en voyant venir la chute vertigineuse d’une montagne russe, vous pouvez comprendre que l’esprit et le corps sont intimement liés. Alors que le petit train remontait la pente tout en cliquetant, vous avez peut-être ressenti de l’anxiété, une tension musculaire, une moiteur des mains, une sécheresse de la bouche, ou encore une sensation de malaise dans votre ventre.

Vous pouvez même éprouver ces symptômes physiques en vous remémorant un évènement passé. Vous pouvez donc constater, par ce simple exemple, combien un stress mental ou émotionnel peut impacter votre corps physique.

Le concept de connexion corps-esprit, en particulier le fait que les afflictions de l’esprit peuvent contribuer à des maux physiques et vice versa, n’a rien de nouveau. Malgré cela, la médecine occidentale tend encore à considérer et à traiter le corps de manière segmentée. Par exemple, nous voyons des problèmes digestifs traités uniquement par l’examen du tractus gastro-intestinal, ou des problèmes de santé mentale exclusivement par l’étude de la chimie du cerveau. Cependant, qu’arrive-t-il lorsque les symptômes du syndrome du côlon irritable sont aggravés par le stress, ou lorsque l’anxiété et la dépression sont aggravées après avoir corrigé des problèmes digestifs ? L’approche fragmentée de la médecine peut être extrêmement utile et efficace dans la gestion de certains symptômes, en particulier dans le cadre des urgences. Mais cette médecine ne porte pas un regard suffisamment profond sur la façon dont le corps fonctionne dans son ensemble, pour s’autoréguler et assurer sa propre santé. Heureusement, la recherche explore la vision traditionnelle du corps, comme un ensemble de systèmes intrinsèquement liés, travaillant à l’unisson pour atteindre l’homéostasie, et finalement soutenir la santé et la longévité. Cela élargit notre compréhension de la connexion corps-esprit, et met en lumière les applications cliniques précieuses de la médecine naturopathique.

La connexion esprit-corps, d’un point de vue strictement physiologique, regorge d’exemples très précis. Prenons l’épilepsie abdominale, où les transmissions neurologiques dysfonctionnelles du cerveau (qui se manifestent généralement en cas d’épilepsie) causent des douleurs abdominales et d’autres perturbations digestives. On constate dans la littérature que la composition du microbiote intestinal, à savoir les diverses bactéries qui peuplent le tube digestif, peut influencer l’humeur et le bienêtre émotionnel. Toutefois, en réfléchissant plus largement à la connexion corps-esprit (comment les habitudes de vie, le comportement, la perception, et l’état de conscience influent sur la santé physique), les choses peuvent ne pas apparaitre toujours très clairement. D’un point de vue empirique, il est entendu que ces comportements et habitudes positives sont probablement bons pour nous ; mais engendrent-ils vraiment un impact notable sur notre santé ? La réponse se trouve être oui, et la suite de cet article fait office d’illustration…

Pour celles et ceux à l’esprit curieux, la question devient alors : Comment le corps et l’esprit sont-ils reliés ? Les disciples de la médecine chinoise traditionnelle pourraient expliquer que la réponse se trouve dans les différents méridiens qui traversent le corps. Les praticiens en médecine biorégulatrice auraient tendance à montrer que la matrice extracellulaire est la clé de ce lien. Les ostéopathes, quant à eux, pourraient porter l’attention vers le système lymphatique. Ou encore, les praticiens en médecine fonctionnelle pourraient mettre en avant le microbiote de l’intestin.

L’expérience m’a appris à penser qu’il existe rarement une seule réponse aux mystères complexes concernant la physiologie humaine. Ainsi, sans négliger les autres mécanismes possiblement impliqués dans la connexion corps-esprit, cet article a pour but d’explorer le rôle du système nerveux dans le maintien de la santé, et les possibles outils pour stimuler la santé physique grâce à ce système.

Le nerf vague : Acteur-clé de la connexion corps-esprit

Le nerf vague, dixième nerf crânien, débute dans le tronc cérébral et serpente dans le cou et dans la poitrine jusqu’à l’abdomen. Ce faisant, il crée un important réseau interconnecté entre le cerveau et le système digestif, mais aussi les poumons, le cœur, le foie, et les reins. Alors qu’une petite partie de ce nerf est impliquée dans la fonction motrice, la majorité de ses fibres nerveuses transmettent des messages sensoriels au cerveau depuis les organes. Le cerveau reste ainsi toujours averti de l’état et de la fonction de ces organes vitaux.

Le nerf vague joue un rôle majeur dans la régulation de l’activité parasympathique du système nerveux. La plupart des gens connaissent l’activité sympathique, souvent associée à la réponse « de combat ou de fuite ». Le système sympathique permet la réponse innée aux stimulus stressants, ce qui nous permet de faire face de façon appropriée à des situations potentiellement menaçantes. Par exemple, si vous roulez en voiture et qu’un écureuil saute sur la route, votre système sympathique augmente son activité pour permettre une réponse rapide et précise, afin de vous garder en toute sécurité (ainsi que, espérons-le, l’écureuil). Inversement, le système nerveux parasympathique, caractérisé par sa réponse « de repos et de digestion », joue un rôle dans la relaxation après l’évènement stressant. L’équilibre entre ces deux systèmes constitue un pilier fondamental de la santé.

De même que les gens ont une individualité d’apparence et de personnalité, il existe aussi d’une personne à l’autre une variabilité dans l’activité du nerf vague. Le tonus vagal cardiaque est un indice de l’activité parasympathique mesurée en fonction de la variabilité de fréquence cardiaque, elle-même en lien avec la fréquence respiratoire. Lorsque l’on inspire, le nerf vague présente moins d’activité, et la fréquence cardiaque accélère pour assurer un apport en oxygène optimal en fonction des besoins corporels. Quand on expire, le nerf vague s’active plus, et la fréquence cardiaque ralentit. Selon cette évaluation, un tonus vagal élevé indique une plus grande différence de fréquence cardiaque entre l’inspiration et l’expiration. L’interprétation de ces mesures est que les individus à faible tonicité vagale ne se détendent pas aussi efficacement, ou rapidement, après des évènements stressants, que ceux avec une tonicité vagale élevée.

Tonicité vagale et santé physique

Le rôle du tonus vagal sur la fonction cardiaque est bien documenté. Néanmoins, son rôle dans d’autres aspects de la santé et de l’homéostasie (capacité du corps à s’autoréguler) retient de plus en plus l’attention.

La science a démontré que l’affaiblissement du tonus vagal est corrélé à des niveaux dérégulés de sucre sanguin (facteur de risque pour le diabète, les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux, les maladies rénales, et les pathologies oculaires), à une hausse du taux de cortisol (hormone du stress et médiatrice de nombreuses conditions de santé), et à une augmentation des molécules proinflammatoires (processus sous-jacent de diverses maladies chroniques dégénératives comme les maladies cardiaques et la polyarthrite rhumatoïde).

D’autres recherches ont été menées pour comprendre les liens existant entre le tonus vagal et les crises cardiaques, ou encore entre l’anxiété et la dépression.

En raison du grand nombre d’organes avec lesquels le nerf vague interagit, un faible tonus vagal est impliqué dans beaucoup de complications et de maladies. Plutôt que de toutes les énumérer, le but ici est de se concentrer sur le fait qu’elles reflètent un dysfonctionnement des processus physiologiques de régulation, garants de la santé. Imageons la situation ainsi : de la pollution contamine le cours majeur d’une rivière alimentant tout un bassin versant ; nettoyer un seul affluent est évidemment futile, mais agir sur la pollution à sa source apportera de véritables bienfaits.

Promouvoir une tonicité vagale optimale

Les progrès technologiques permettent aujourd’hui de stimuler le nerf vague grâce à l’utilisation d’un dispositif implanté. Cela est réalisé en médecine allopathique, notamment dans le traitement de l’épilepsie, avec des résultats mitigés, ainsi que dans des protocoles pour la dépression, avec des résultats prometteurs. D’autres recherches ont pour objet son utilisation dans le cadre de pathologies telles que la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, le trouble obsessionnel compulsif, le trouble de la personnalité, le syndrome de stress posttraumatique, et la fibromyalgie. Des effets secondaires peuvent se produire, en particulier une toux sèche induite par la parole ou l’exercice léger.

La tonicité vagale est par nature un processus de régulation. Puisque la médecine naturopathique vise à soutenir la capacité du corps à atteindre et à maintenir l’homéostasie et l’autoguérison, elle constitue une composante importante de la thérapie.

Donc d’un point de vue naturopathique, plusieurs outils de traitement se révèlent utiles : le yoga favorisant les émotions positives et les liens sociaux, la méditation, la respiration profonde, ou encore l’exposition au froid. Cela ne représente pas une liste exhaustive, et il existe de nombreuses autres façons d’utiliser le nerf vague pour améliorer sa santé. La majorité des individus peuvent bénéficier de ces stratégies sans dépendre nécessairement d’une supervision médicale.

Le yoga peut influer positivement sur le tonus vagal et la régulation du GABA (de faibles niveaux de ce neurotransmetteur sont associés à l’anxiété et à d’autres problèmes neurologiques) pour traiter la dépression, l’épilepsie, et le stress posttraumatique.

Le tonus vagal a crû grâce à l’enrichissement des liens sociaux, ainsi que par la production d’émotions positives générées lors de méditations centrées sur l’amour et l’affection.

La respiration lente et profonde (six respirations par minute) permet de modifier positivement le tonus vagal. Cela peut être accompli à travers la pratique du yoga, mais aussi par soi-même.

Enfin, bien que pas toujours tentant en fonction de l’endroit où vous vivez et de la période de l’année, l’exposition au froid force votre corps, par le nerf vague, à atténuer sa réponse sympathique tout en maximisant sa réponse parasympathique. Toute exposition au froid peut déclencher cela, comme par exemple terminer votre douche avec 30 secondes d’eau raisonnablement froide.

Ces stratégies naturopathiques améliorent non seulement le tonus vagal, mais fournissent également des bénéfices sur la condition physique, l’attitude, et le bienêtre général, dont la majorité de la population peut bénéficier.

Pour conclure, le but ultime de l’optimisation du tonus vagal est le soutien de la capacité du corps à se réguler et à se guérir lui‑même. Nous l’avons mentionné, les personnes avec un tonus vagal élevé se trouvent en meilleure santé physiquement, mentalement, et émotivement. Elles présentent moins de risque de maladies cardiovasculaires, ont une concentration et une mémoire accrues, manifestent plus d’empathie, et construisent des liens sociaux plus élaborés.

La recherche dans ce domaine continue de se développer. Parmi les observations, le rôle du nerf vague dans la régulation parasympathique ne représente qu’une des composantes d’un modèle plus large et plus complexe de l’équilibre homéostatique et de la santé. Comme mentionné précédemment, une seule explication répond rarement à une question complexe. Par conséquent, bien que les quelques techniques susmentionnées puissent être favorables à la santé et au bienêtre globaux, de nombreux autres outils demeurent accessibles pour optimiser sa vitalité. Votre docteur en naturopathie ou votre naturopathe peuvent vous guider afin de choisir les stratégies appropriées à vos besoins et à vos objectifs, et ainsi vous aider à réaliser votre plein potentiel.